18/05/2007

Communication présidentielle, acte 1

medium_c_fromage_b.gif Malin Sarkozy... après avoir été désigné par l'UMP puis par les Français sur une ligne très à droite, il donne des gages d'ouverture à gauche avec la composition de ce gouvernement, et la visite du premier ministre dans un centre pour femmes battues. On peut toutefois rester songeur sur l'opportunisme de cet affichage tant il est lourdement appuyé, quelques semaines avant les élections législatives. On dirait qu'il s'agit de rassurer l'opinion pour éviter toute tentation de rééquilibrage des pouvoirs. La présence de Bernard Kouchner au ministère des affaires étrangères, de Martin Hirsch au poste de haut commissaire... est toutefois un enseignement. D'abord un enseignement sur l'état de la gauche, incapable de gagner au second tour et finalement incapable de retenir des personnalités dont la valeur est généralement reconnue (c'est plus partagé pour Kouchner). En l'état, le PS n'est pas capable de fédérer et de gagner. La cacophonie de ces dernières semaines entre Henri Emmanuelli, DSK, François Hollande ou Michel Rocard à propos de la stratégie du PS revèle des tensions internes qui empêchent ce parti de parler d'une voix forte, parce qu'on y courre après plusieurs stratégies à la fois. Le problème ne se pose pas qu'au PS, mais comme ce dernier a appelé au vote utile et qu'il prétend dominer à gauche, il devrait au minimum démontrer son utilité. C'est aussi un enseignement sur les médias, qui ont relayé massivement la communication Nicolas Sarkozy comme une évidence. Ainsi Christiane Taubira a formellement démenti toute approche concernant le gouvernement mais son nom a été cité. Le cas Kouchner n'a pas fait l'objet d'un examen de ses positions à propos de la guerre en Irak, qu'il avait soutenu. Martin Hirsch est dans la liste du gouvernement alors qu'il n'en est pas membre. Enfin, le footing et le yacht auront donné des images à une presse qui en est avide... parfois au détriment du fond, souvent en relayant sans filtre la communication officielle. On comprend mieux le phénomène Berlusconi quand on le vit en direct. Pendant que des images sans contenu défilent sous nos yeux. On attend de voir quelle sera la politique réelle du gouvernement. Il ne faut pas faire de procès d'intention, ce sont les actes qui comptent. Mais le souvenir de cinq ans de droite parlementaire UMP dominant l'Assemblée ne laisse pas le souvenir d'une approche ouverte et sociale. Pendant 5 ans, les députés UMP hégémoniques ont voté l'aggravation des inégalités, les restrictions de libertés publiques, fait de la parole environnementale sans actes et sans budgets (à ce sujet, voir le rapport sur cinq ans de d'écologie de droite vus de l'Assemblée nationale proposé par Yves Cochet et Barbara Pompili). Tout cela laisse penser que la tactique de communication de Nicolas Sarkozy à propos du gouvernement ressemble au morceau de fromage dans le piège à souris. On peut huler au piège, et faire du "tout sauf Sarkozy", mais si la souris a envie de manger le fromage, elle le croquera quand même. Ou bien il faut lui proposer un autre fromage, plus apétissant, et sans piège au dessus. C'est tout le travail de projet auquel doivent s'atteler les forces de l'alternative à Sarkozy : la gauche critique si elle clarifie la question de sa participation aux affaires, les socio-démocrates si le ps se refonde, les centristes s'ils s'orientent vers le centre-gauche, les écologistes s'ils se refondent. Ces forces ne sont pas encore prêtes pour cette élection ci, mais elles doivent former le contre-pouvoir à l'UMP, puis se poser la question de la coalition et du projet qu'il faudra lui opposer. Et il ne faudra pas attendre le dernier moment.