13/04/2007

Les impôts : une belle illustration du clivage droite/gauche

medium_P1000303.jpg Il y a quelques mois, j'ai signé la pétition intitulée "pourquoi nous consentons à l'impôt" lancée par le mensuel "Alternatives économiques" . Elle a reçu le soutien de plus de 38.000 signataires qui prenaient la défense de l'impôt comme un moyen de lutter contre les inégalités, de financer les dépenses publiques indispensables, en assurant par là une cohésion sociale et un niveau de services bénéfique pour tous, dans la santé, l'éducation, les transports, la culture, l'énergie, la recherche... Cela peut ressembler à la défense d'une évidence, mais la démagogie antifiscale gagne du terrain. L'UMP en a fait un axe de campagne fort. Nicolas Sarkozy promet de nombreuses défiscalisations, ce qui signifie un retrait du politique face à l'économique, et une aggravation des inégalités.

Ces derniers jours, le magazine a publié les réponses des candidats à l'élection présidentielle sur son site internet. Voynet propose de taxer différemment les entreprises selon leurs comportements sociaux et environnementaux : " Pour réintroduire de la justice et mettre davantage d’efficacité sociale et environnementale dans notre système fiscal je propose les mesures suivantes : revenir sur l’ensemble des baisses d’impôt sur le revenu accordées depuis l’an 2000 et supprimer les niches fiscales n’ayant aucun intérêt environnemental (soit presque toutes !) ; accroître la progressivité de la CSG en fonction du revenu, que celui-ci soit procuré par des salaires, par des dividendes ou des intérêts financiers". L'ensemble des candidats de gauche défend le principe de la progressivité de l'impôt en fonction des revenus. C'est également la position de François Bayrou. La mesure de "bouclier fiscal" de Nicolas Sarkozy est fortement décriée par les mêmes parce qu'elle exhonère d'impot les plus riches.

Candidat d'une une droite dure, Nicolas Sarkozy
tente une explication alambiquée : les baisses d'impôts bénéficieraient aux plus défavorisés. Beau tour de passe-passe. La rédaction d'Alter eco fait le commentaire suivant : "Le candidat de l’UMP parvient ainsi à tirer argument de la faible progressivité de l’impôt en France pour défendre son programme de baisses d'impôts. L’argument porterait mieux si les baisses d’impôts décidées par les gouvernements auxquels il a participé n’avaient pas, au contraire, profité aux plus aisés. Et s’il expliquait clairement comment il compte réduire les prélèvements obligatoires de plus de quatre points sans tailler dans les dépenses sociales ou réduire le champ – ou la qualité – des biens publics aujourd’hui accessibles gratuitement aux plus modestes. L'augmentation du forfait laissé à la charge des assurés sociaux en fournit un premier aperçu, ce qui ne peut que creuser les inégalités d'accès aux soins."

C'est cela que soutient M. de Robien au niveau national. Pourtant localement, il se défend de baisser les impôts et même il a déjà fait adopter un impôt des ménages par Amiens métropole qui ne demande qu'à être activé. Après les prochaines municipales peut-être ? Car l'hypocrisie du discours sur les baisses d'impots est totale. Ceux-ci répondent à des besoin que les pouvoirs publics doivent prendre en charge. Quand l'Etat se désinvestit, ce sont souvent les collectivités locales qui doivent prendre le relais, mais avec une fiscalité locale mal répartie et généralement injuste. Par ailleurs, les dépenses n'étant pas nécessairement diminuées, la dette publique se creuse et atteint des sommets. Elle n'a jamais été aussi creusée que sous les gouvernements de droite Raffarin et Villepin. C'est cela aussi le bilan des gouvernements auxquels ont participé Nicolas Sarkozy et Gilles de Robien : une dette de plus de 1000 milliards d'euros, et dans le même temps des discours fanfarons sur la baisse de la fiscalité. Quelle inconséquence !

Cela doit nous interpeller sur le sens des dépenses publiques, sur leur portée pour l'intérêt général, sur la justice sociale qu'elles véhiculent ou non, sur la façon dont elles intègrent la préservation des ressources et de l'environnement. Notre société vit à crédit. L'Etat s'endette. A l'autre bout de la chaine, beaucoup de ménages modestes sont victimes de surendettement. La société de consommation, de l'envie, du "toujours plus" n'est pas sans conséquences. C'est aussi ce que les candidats devraient expliquer et tenter de corriger au travers de leurs projets. A l'inverse de cela, le projet de l'UMP est une folle fuite en avant.