01/05/2007

Le monde du travail, promesses et réalités

medium_P1000693.jpg Aujourd'hui, premier mai, journée des travailleurs (photo : manif à Amiens ce jour). C'est l'occasion de revenir sur les mutations qui sont à l'oeuvre dans l'organisation du travail aujourd'hui.

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"Travailler plus pour gagner plus". Avec ce slogan simpliste, Nicolas Sarkozy fait miroiter aux Français que chacun va pouvoir faire son petit pecul dans son coin en faisant des heures supplémentaires. L'idée séduit un certain nombre de nos concitoyens et pour cause : beaucoup ont du mal à joindre les deux bouts et cherchent à conserver un niveau de vie correct. Le prix du logement a explosé, le prix des déplacements est en forte hausse, les cotisations pour les retraites commencent à grimper avec l'application des réformes Fillon. Le tout dans un contexte général d'inquiétude par rapport à l'avenir pour soi, pour ses enfants, pour des proches... on peut donc comprendre qu'individuellement des personnes soient tentées de prendre ces heures supplémentaires qu'on leur propose comme une planche de salut, à défaut d'autre chose.

Nicolas Sarkozy, en parfait démagogue, s'adresse aux gens dans leurs préoccupations quotidiennes, sans se soucier des conséquences sur l'ensemble de la société. Il ne défend pas un projet de société global mais diffuse une série de réponses sur le travail, la sécurité, la fiscalité... qui concernent les gens individuellement. JE vais payer moins d'impots, JE vais payer moins de cotisations sociales, JE vais pouvoir être payé sur des heures supplémentaires, ... mais les conséquences sur l'endettement de l'Etat, sur les systemes de solidarité, le chomage des jeunes et le chomage de longue durée, l'augmentation de la pénibilité du travail, ou encore sur notre environnement... tout cela est renvoyé à d'autres horizons. Pas étonnant que la dette publique se soit autant creusée sous la droite avec une telle inconséquence. Il n'est pas davantage surprenant que le bilan en matière de protection de l'environnement soit aussi mauvais sous la droite, avec un "plan climat" complètement creux. Après nous le déluge...

Derrière cette exhaltation des heures sups, c'est comme d'habitude une division du pays en deux à partir d'idées reçues dignes de la discussion du bistrot du coin : "Notre pays est devenu celui qui travaille le moins en
Europe. Nous ne pouvons pas continuer sur cette voie" affirme sans rire le projet Sarkozy. On passera sur la dévalorisation implicite de l'action citoyenne et bénévole. Mais il est intéressant de se pencher sur les réalités du productivisme, afin de vérifier si la France est endormie à côté du travail supplémentaire à effectuer comme le prétend le candidat de l'UMP.


DEUX CARACTERISTIQUES FRANCAISES : PRODUCTIVITE ET CHOMAGE ELEVES

La France se caractérise par un niveau élevé de chômage. Même si l'INSEE bute sur la publication des chiffres, il est bien un problème majeur en France par rapport aux autres pays Européens. Les critères du BIT (Bureau international du Travail) retenus par Eurostat pour comparer les différents pays européens montrent bien le malaise français : 9 % de la population active est au chômage dans le pays (8,4% en Allemagne, 4,8 % au Danemark et au Royaume Uni, 8,6% en Espagne) , avec un taux très elevé de 22,4% de chômage chez les jeunes (14,2% en Allemagne, 7,5% au Danemark, 12,9% au Royaume uni, 18% en Espagne).

Le France se caractérise simultanément par une productivité remarquable des salariés. Le niveau de production évalué par le BIT était en 2003 de 52.000 dollars par salarié en France. La quatrième producivité au monde derrière les Etats-Unis, la Belgique et l'Irlande. Loin devant le Royaume Uni (45.000 dollars), l'Allemagne ou le Japon (42.000 dollars), et même la Suisse (39.000 dollars).

LES SALARIES SONT DAVANTAGES SOLLICITES AU PLAN PHYSIQUE ET PSYCHOLOGIQUE

Cette productivité française concetrée sur une part plus réduite de la population active n'est pas sans impact sur les conditions de travail et la qualité de vie des salariés. Ceci est mesuré par la DARES (Statitiques du ministère de l'emploi) qui relève dans son enquête 2006 que la pression liée au temps, à la pénibilité du travail, aux changements d'organisation, au contrôle du travail... continue d'augmenter chez les ouvriers . Ce phénomène a fortement augmenté entre 1984 et aujourd'hui. Ainsi 53% des salarié estiment que leur travail est imposé par "une demande extérieure à satisfaire immédiatement", alors qu'ils n'étaient que 28% en 1984. 25% des salariés ont "un rythme de travail imposé par des normes ou des délais de production à respecter en une heure ou plus" ; 5% étaient dans ce cas en 1984.
L'aggravation de la pression au travail croit avec celle de la pénibilité physique pour les salariés les moins qualifiés. En 2005, 64% des salariés non qualifiés déclarent "devoir porter ou déplacer des charges lourdes" contre moins de 40% en 1984. Et cet indice s'inscrit dans une hausse générale d'une pression physique au travail, qui est mesurable entre 1998 et 2005. le Taux de salariés déclarant "faire des mouvements douloureux ou fatigants" passe de 34 à 36% en moyenne, (soit 2% de hausse en moyenne, mais +7% chez les non-qualifiés). +7% également de salariés qui déclarent avoir un "rythme de travail imposé par des délais à respecter en une heure ou plus" entre 1998 et 2005. Le livre de Philippe Askenazy, Les désordres du travail (Seuil, République des Idées), a bien analysé cette évolution productiviste.

Chacun peut visualiser le travail de la caissière d'un supermarché. Elle va déplacer des milliers d'objets, de la brosse à dents jusqu'au pack promo de soda de 9 kilos, pour atteindre un total journalier de deux tonnes de marchandises déplacées et soulevées. Le tout en manipulant les objets pour trouver des codes-barres, saisir des données,... La pénibilité de ce travail s'est fortement accrue ces dernières décennies, et cela reflète une tendance générale du travail des salariés qui n'est pas visible. Elle se traduit par une hausse des troubles musculeux-squelettiques chez les salariés (mesurée en 2003 en région Pays de la Loire : ces pathologies dues à la manipulation d'objets lourds et aux gestes répétitifs concernaient 11% des hommes et 15% des femmes interrogées).

L'enquête SUMER réalisée par des médecins du travail pour les statiques du ministère du travail (DARES) permet également de constater une hausse continue de l'exposition aux produits chimiques pour les salariés du secteur privé (1 sur trois)... et une exposition à des produits cancérigènes pour 2,4 million de personnes (sur lesquels 42% le font sans protection pour au moins un produit). Ce ne sont pas seulement de nouvelles formes d'organisation qui changent la nature du travail, mais des environnements dégradés dus à l'utilisation de nouveaux produits toxiques dans les chaines de production. Le scandale de l'Amiante a mis en évidence ce phénomène : les fibroses dues à l'amiante ont été constatées chez des ouvriers des filatures dés 1906, mais il faudra attendre 90 ans pour que l'amiante soit interdit définitivement. Mais il ne doit pas masquer une augmentation continue de l'exposition à des produits toxiques toujours plus nombreux et diffus.

Pression physique, exposition à de nouveaux risques, mais aussi pression morale. Les suicides récents au technocentre Renault de Guyancourt, à la centrale EDF de Chinon ou au restaurant Sodexho de St Priest ont mis en évidence des phénomènes aggravés de stress au travail, qu'il serait trop simpliste de résumer au "harcellement moral". C'est plus globalement la quantité de travail et la gestion du temps, la difficulté à faire face, l'augmentation des contraintes d'organisation et des sollicitations permanentes d'adaptation en flux tendus qui génèrent un stress envahissant et un parfois un sentiment d'échec.

UNE NOUVELLE ORGANISATION DU TRAVAIL... QUI PERMET DE CONTOURNER TOUTE POLITIQUE DE PREVENTION

Depuis 20 ans, les entreprises ont davantage recours à des entreprises de sous-traitance pour assurer la maintenance de leurs matériel. Il s'agit également d'une externalisation des risques et des modalités de prévention... qui s'avèrent largement insuffisants. Le site Novethic a consacré un article fort intéressant à ce problème. Ce nouveau secteurs d'activité (450 000 salariés travaillent en France dans la maintenance, dont 250 000 dans le secteur industriel et 200 000 dans l’immobilier et le tertiaire) est fortement accidentogène (le double de la moyenne nationale), et le taux d'occurence de maladies professionnelles est dix fois plus élevé que la moyenne nationale. Qu’il travaille pour un prestataire ou dans un service interne aux entreprises, un salarié de maintenance est plus exposé aux risques qu’un collègue en poste en production. La diversité des interventions (polyexposition), souvent conduites sur des équipements en fonctionnement (entre 4 et 6 interventions différentes par jour pour un technicien de maintenance), expliquent en grande partie ce facteur risque, propre à ces métiers." note l'article de Novethic. La sociologue Annie Thebaud-Mony, auteur de "Travailler peut nuire gravement à votre santé" (La découverte) estime que « Nous assistons à une déstructuration du droit du travail. Les contraintes qu’imposent les donneurs d’ordre sur les sous traitants rendent difficiles l’établissement de véritables plans de prévention. Ce sont ces contradictions qui génèrent les accidents."

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L'augmentation du temps de travail avec des heures supplémentaires pour quelques salariés est-elle une réponse à ces réalités ? Elle constitue au contraire une fuite en avant. Là où il faudrait avoir un effort soutenu pour mieux partager le travail (notamment en direction de la jeunesse), pour améliorer le dialogue social dans l'entreprise, pour améliorer la qualité de vie des salariés, développer les secteurs de la prévention sanitaire, le bien-être... Nicolas Sarkozy propose seulement de travailler davantage à quelques uns. Et il propose en outre de supprimer les cotisations sociales sur ces heures, ce qui revient à programmer un "travail au noir légal". Pendant ce temps le chomeur restera chomeur, et les caisses de la sécurité sociale seront privées de recettes tout en devant faire face à de nouvelles pathologies. Cette politique est celle de l'inconséquence : l'impact sur la santé, sur l'environnement, sur la dette publique ou celle de la sécu... est simplement externalisée, et ses conséquences sont renvoyées à plus tard. Chacun pour soi, mais pourtant chacun est concerné par l'effet bommerang de cet aveuglement pour la société.

Il s'agit simplement de savoir s'il s'agit de réduire les écarts et les inégalités, où s'il faut les constater voire les encourager. C'est le choix entre gauche et droite et il est manifeste pour cette élection présidentielle.

12/04/2007

L'UMP signe le pacte Hulot et réclame un troisième aéroport, cherchez l'erreur...

Ci-dessous ma réaction au texte "Un grand chantier" paru dans le courrier des lecteurs du Courrier picard du 6 avril. M. Vincent Savelli, adjoint au maire de St Quentin, y menaçait d'éclatement la Picardie si un nouvel aéroport international ne s'y construit pas comme il le souhaite. Ma réponse a été publiée dans le Courrier picard du 12 avril.

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M. Savelli a choisi son jour pour réclamer un nouvel aéroport international en Picardie. Précisément celui où le GIEC (Groupe des experts internationaux sur le climat) rendait des conclusions alarmantes sur la responsabilité des activités humaines dans les dérèglements climatiques qui vont aller en s'amplifiant, et notamment le réchauffement de la planète, aux conséquences alarmantes pour l'humanité toute entière - toute la Picardie incluse - qu'elle soit plus proche de Reims, de la Manche ou de Rouen.

Le transport aérien est précisément l'une des activités humaines les plus énergivores et les plus nocives pour l'environnement. De plus, son coût va fatalement augmenter dans un contexte de hausse du prix des carburants. Tabler sur la croissance du trafic aérien est donc un projet économique du XXème siècle.

Il a sans doute échappé à M. Savelli que nous sommes entrés dans le XXIème et que les enjeux ont changé de nature. Il faut donc penser à la reconversion progressive de secteurs industriels et ne pas attendre que le couperet tombe. Il faut préparer les transitions et c'est le rôle des politiques, même si dans la période l'attention doit être portée avec sérieux sur le sort des salariés d'Airbus.

Il y a des secteurs qui doivent être développés, notamment dans le ferroviaire et le transport combiné. Ils nécessitent des ingénieurs, de la recherche, une capacité de production... qui correspondent aux schemas de l'avenir : ceux d'un environnement à préserver et d'une énergie chère. Le dernier record du TGV EST - qui passe dans l'Aisne et non à Amiens - montre qu'il y a là un secteur d'activités innovant sur lequel il faut savoir s'appuyer.

Le Projet i-Trans - pôle de compétences sur les transports ferroviaires - correspond à ce dessein. Compiègne, Amiens, le Conseil régional de Picardie y sont associés. N'étant pas décideur dans cette affaire, j'avoue ignorer pourquoi la ville de St Quentin n'y participe pas, comme en sont absents les trois conseils généraux de Picardie. Mais voilà un chantier qui correspond davantage à une stratégie durable.

Et au passage cela est moins polémique que les phantasmes éculés qui sont véhiculés dans le texte de M. Savelli sur la place d'Amiens en Picardie.

En revanche, on peut considérer qu'il est nécessaire de développer une véritable coopération inter-cités en région Picardie, plutôt que de se livrer une concurrence entre le maire UMP d'Amiens et le maire UMP de St Quentin qui semble sans objet à l'échelle de l'Europe ou du Monde, et qui pourrait vite sembler assez surréaliste pour nos concitoyens.

Enfin, je crois me souvenir que M. Xavier Bertrand - élu de St Quentin - s'était impliqué dans le lancement de l'association Envol de M. Savelli. Porte-parole de Nicolas Sarkozy, j'imagine qu'il s'engage à honorer la signature de son candidat au pacte écologique de Nicolas Hulot. Dans ce cas, il faut bien considérer que réclamer un troisième aéroport dans le grand bassin parisien est totalement contradictoire avec les objectifs écologiques qui y sont énoncés, notamment pour réduire les émissions de gaz à effet de serre par quatre. C'est un point qui mérite d'être éclairci car il faudrait savoir ce qui est effectivement défendu par les élus de l'UMP en la matière. En l'état, c'est parfaitement incohérent.

04/04/2007

Grande vitesse du TGV EST : vive le train !

574.8 km/h sur la ligne TGV est-européenne ce 3 avril, C'est une belle prouesse technique qui permet de démontrer que le train est un moyen de transport sûr et performant.

Face à la gabegie énergétique que constitue le transport aérien et face aux projets autoroutiers qui se succèdent encore en poursuivant la logique du "tout-routier" en ignorant la question climatique (Comme l'A24 à Amiens), le transport ferroviaire constitue une alternative qu'il faut encourager et développer. Les Lignes à Grande Vitesse (LGV) sont la seule réponse aux transports continentaux qui soit réellement compatible avec un développement durable.

A franchement parler, le record en lui-même n'a pas beaucoup de sens. Mais il met en exergue un professionnalisme, une ingéniérie, une qualité de matériel roulant, une sécurité,... qui tiennent ici à l'initiative d'une entreprise publique (il faut s'en féliciter). Par ailleurs, il donne des perspectives d'emploi et d'activité dans un secteur qu'il faut continuer à développer.

C'est une bonne chose que le transport ferroviaire dispose d'un équipement de pointe et le développement des LGV doit être encouragé politiquement et financièrement, non seulement au niveau national, mais aussi au niveau européen. C'est un enjeu écologique de premier ordre de disposer d'alternatives à la route et plus encore à l'avion, qui est extrêmement polluant et énergivore.

Maintenant, cette belle vitrine ne doit pas faire oublier le quotidien : Les trains de banlieue en Ile-de-France, les TER (Trains express régionaux), les lignes Corail qui ne sont pas toutes rénovées ou électrifiées comme Amiens-Boulogne.... Pour que le réseau ferroviaire soit performant, il doit être cohérent et de qualité partout.

Le transport de marchandises par rail est également à la peine. Vitesse commerciale faible, et un faible dynamisme de l'entreprise pour concurencer la route.

Mais pour en arriver à un réseau et à des équipements performants partout, il faut procéder à de lourds investissements. Les Conseils régionaux font un effort important pour soutenir les TER, c'est le cas en Picardie. Mais il y a encore beaucoup à faire.

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Et en Picardie ?

Ah le TGV par Amiens. La grande lutte des années 80 où tous les politiques locaux se sont avérés inefficaces, et le train est finalement passé dans les champs loin d'Amiens et de St Quentin, pour s'arrêter à la fameuse gare des betteraves.

En 2003, le ministre des transports Gilles de Robien a ressorti de son chapeau une LGV par Amiens. En fait un barreau qui partirait de la LGV Nord pour rejoindre directement le tunnel sous la Manche. Le Président Chirac l'avait même confirmé en venant à Amiens : vous aurez une autoroute A24 ET un canal Seine-Nord ET un TGV.... Pas de choix à faire puisqu'on ferait tout. La dette publique n'est plus à quelques dizaines de milliards prêts.

Ca, c'était pour la galerie. En réalité, le dossier déposé par RFF (Réseau Ferré de France) à la commission nationale du débat public à la demande de M. De Robien était tellement mal ficelé et incomplet qu'il a été vite retoqué. Et les promesses du ministre De Robien et du Président Chirac ? Envolées. La LGV est tombée à l'eau. Comme pincemi et pincemoi dans le bateau, il ne reste que l'Autoroute. On se pince en effet.

Mais je crois qu'on pose le problème à l'envers. Faut-il un TGV à Amiens aujourd'hui ? Si chaque ville de plus de 100.000 habitants réclame son TGV, cela risque de coûter très cher à RFF. La bataille des années 80 était légitime, il était préférable de faire un "Y" à Amiens pour les TGV à destination de Lille/Bruxelles ou du tunnel. Hélas cette bataille a été perdue. Attendre un TGV à Amiens, c'est se préparer à attendre longtemps, très longtemps. Promettre un TGV à Amiens demain, c'est mentir aux Amiénois car ce chantier ne sera pas prioritaire pour RFF et la SNCF. Et en attendant on resterait les bras croisés à ne rien faire pour le ferroviaire dans la région ?

Par principe, je suis favorable au TGV par Amiens. La raison me dit que ce sera long. En attendant, il y a des choix importants à faire. Pour les voyageurs, il est nécesssaire d'améliorer la qualité de la liaison Amiens - Boulogne. Si des investissements doivent être réalisés, ils concernent au premier chef l'électrification du tronçon vers Boulogne, l'amélioration de la fréquence et de la rapidité des trains, ce qui implique des changements de machines, et des travaux sur le réseau. Le réseau TER vers Lille, Rouen, Compiègne nécessite également des améliorations importantes.

En ce qui concerne le transport de marchandises, la situation ferroviaire d'Amiens n'a jamais été vraiment exploitée ou même défendue par la majorité municipale. Prompte à vanter les autoroutes et à demander de nouvelles, elle oublie en revanche de mentionner les atouts ferroviaires de la ville dans le Plan d'Aménagement et de Développement durable. Un comble.

C'est pourtant potentiellement un formidable chantier à promouvoir : Le Havre est un port de containers qui cherche des débouchés ferroviaires. Amiens et Longueau sont des cités cheminotes bien situées au nord de Paris, sur la route de l'Allemagne et de l'est de l'Europe, ou vers le tunnel. Ce sont des atouts pour le transport combiné de marchandises qui ont été délaissés jusqu'à aujourd'hui. Au profit exclusif du tout-routier avec la multiplication d'autoroutes.

Le TGV-Est, c'est la démonstration que le train peut être performant et attractif. Il reste à aller non seulement plus vite, mais aussi plus loin pour permettre au train de se développer mieux encore. Ce n'est pas le train "en plus" du reste, c'est une priorité face au reste et aux autoroutes, face à l'urgence des crises énergétiques et climatiques qui dont devant nous.

27/03/2007

Au menu du prochain conseil d'agglo : i-trans, PLIE et extension urbaine

Le Conseil d’agglomération d’Amiens métropole se réunit ce 2 avril. L'opposition municipale ne dispose d'aucun élu à ce conseil, tandis que les élus de la majorité y sont tous élus également (45 élus amiénois à l'agglo : tous de droite!).

Les élus municipaux d'opposition ont malgré tout accès aux dossiers métropolitains via une commission municipale. Faute de siéger à Amiens métropole, j'ai donc participé à cette commission lundi 25 mars.

Je vous propose d'examiner rapidement quelques uns des points principaux :

- Le Plan Local pour l’insertion et l’emploi
- Le pôle de compétitivité i-Trans sur les transports ferroviaires
- La ZAC Renancourt (première tranche de la ZAC Borealia)
- L'opération de rénovation de façades d'Henriville


- Le Plan Local pour l’insertion et l’emploi, avec une première répartition pour un montant de 531.000 euros. Il s’agit ensuite de mobiliser les crédits du Fonds social européen en 2007 pou co-financer le retour à l’emploi de résidants d’Amiens métropole. Le document de séance parle de 3355 bénéficiaires depuis 2001, dont 1263 ont trouvé un emploi durable.

- signature du contrat cadre relatif au pôle de compétitivité i-Trans. Je suis tout à fait favorable à ce pôle de compétitivité qui a pour objet "le ferroviaire au coeur des systèmes de transports innovants".
Développer le transport ferroviaire, le transport combiné, nécessite de mettre en place de nouvelles technologies, formations, métiers... I-Trans est l'occasion d'avancer sur ce sujet.
Amiens métropole y adhère est c'est une très bonne chose. Il faut valoriser l'histoire et la situation ferroviaire de la ville et s'engager fortement dans ce pôle. La région Picardie est également partenaire, mais le département de la Somme ne s'y est pas associé (les départements du Nord et du Pas de Calais le sont pourtant).

- Création de la ZAC Renancourt (Borealia I). Je suis extrêmement réservé sur cette nouvelle ZAC qui va étendre encore la ville à l'ouest. Il s'agit ici de la première tranche de 69 ha qui est collée à la ville, près de Renancourt.
Je partage les critiques de fond qui reviennent régulièrement contre l'extension urbaine des villes : consommatrice d'espace, d'eau, d'énergie surtout... coûteuse pour les finances publiques. Ce sont de nouveaux réseaux qu'il faut étendre, dans une ville qui - dans le cas d'Amiens - est déjà très étendue.
La ZAC Borealia vient en outre grignoter par tranches des espaces qui se trouvent en crete au bord de la ville, où on dispose aujourd'hui d'un point de vue remarquable sur la ville, tout en étant assez visible.
Le projet présenté pourrait comporter une proportion de 30% de logements aidé. C'est une bonne chose en soi mais cela ne me convainc pas. Des zones délaissées à l'intérieur de la ville peuvent permettre de lancer de nouveaux projets d'urbanisme, pour reconstruire la ville sur elle même et cesser de l'étendre en tâche d'huile.

La ZAC de la vallée des Vignes -créée dans les années 90 par la majorité de Gilles de Robien - est le mauvais exemple de l'extension urbaine opposée à toute démarche de développement durable. Un nouveau quartier construit de toutes pièces, et pourtant pas de réseau de transports collectifs, pas de trotoirs pour les piétons et des zones commerciales ou il est quasi impossible de se rendre d'une enseigne à l'autre sans prendre sa voiture, rien pour les vélos bien sur, aucun souci de politique environnementale, mixité sociale absente... Un quartier conçu entièrement autour de la voiture. C'est ce qu'il ne faut plus faire.

- Opération groupée d’amélioration des façades d’Henriville. Certes, on améliore le patrimoine et le visuel… mais il est dommage de ne pas agir en priorité sur l’isolation thermique et phonique des maisons. Ici seules les boiseries seront un peu refaites et correspondront à une démarche d’économie d’énergie. C'est une démarche insatisfaisante en l'état.
Une opération d'isolation thermique à grande échelle sur la ville permettrait de faire d'avantageuses économies d'énergie, et elle serait en outre créatrice de nombreux emplois.

18/03/2007

Cinq ans de ministères pour Gilles de Robien, et pour quel bilan ?

(ce texte est paru dans Amiens ville, février 2007 - il est commun aux élus MRC, PCF, PS et Verts au Conseil municipal).


M. De Robien a longuement évoqué son action de ministre à l’occasion des vœux qu’il a formulés en tant que président d’Amiens métropole, en ce début d’année.

Successivement en responsabilité de la politique des transports, du logement et de l’éducation sous les gouvernements Raffarin et Villepin, M. De Robien a pris fait et cause pour les options de la majorité UMP, emboîtant le pas aux réformes contestées – comme le contrat première embauche - et offrant la ville d’Amiens au premier ministre pour y instaurer contre toute attente un « couvre feu » décalé avec la réalité locale.

Mais le bilan aura aussi un coût direct pour les Amiénois. M. de Robien restera comme le ministre de la spéculation immobilière, de l’abandon des transports collectifs et d’une vision rétrograde de l’éducation.

Le logement :
Spéculation immobilière, car le logement de type « de Robien » est un produit immobilier très prisé pour échapper à la fiscalité, mais qui n’a pas répondu aux besoins réels de logement qui existent dans les grandes villes. Le coût pour la collectivité est important. Le bilan est sévère : des logements construits mais qui ne correspondent pas aux besoins, et un marché de l’immobilier toujours aussi tendu. On est loin des recommandations de la fondation Abbé Pierre en matière de constructions de logements sociaux.

Les transports :
Abandon des transports collectifs, car le passage de Gilles de Robien au ministère des transports aura été marqué par la suppression des aides d’Etat aux projets de transports en commun dans les grandes villes. Un véritable scandale au regard des enjeux climatiques et des conséquences sur les déplacements quotidiens de millions de personnes. Les municipalités ont dû trouver d’autres financements, souvent auprès des Conseils Régionaux de gauche issus des élections de 2004 comme cela a été le cas au Mans. A Amiens, un retard important a été pris en ce domaine, et découvrant les effets positifs de l’inauguration du tramway à Bordeaux, Montpellier ou Paris, l’ancien ministre des transports et opposant aux transports collectifs Gilles de Robien s’est découvert soudainement l’envie de créer une commission sur le sujet pour sa ville. Nous en prenons acte, mais notre détermination demeure entière sur le sujet. Pour le moment, ce sont plutôt les sociétés de parking qui ont bénéficié de la manne publique.
La pirouette manquée sur le nouveau départ du dossier du TGV par Amiens, finalement rejeté par la commission nationale du débat public révèle le jeu de poids du ministre à Paris.

L’école :
Finalement, la politique scolaire aura été l’achèvement d’une politique très orientée à droite. Bien sûr cela a débuté avec le feuilleton grotesque des méthodes de lecture, où le ministre a voulu interdire par oukaze une méthode globale qui n’est quasiment jamais utilisée en l’état par les enseignants. Mais c’est aussi le changement des méthodes de calcul pour les aides à l’enseignement privé, les suppressions massives de postes d’enseignants, notamment en Picardie, alors que les besoins d’encadrement des élèves demeurent importants.

L’emploi :
Des générations de jeunes diplômés pensaient enfin bénéficier du départ en retraite des « papy-boomers », ils trouvent finalement des contrats d’avenir, dont le nombre a fortement augmenté à la veille des échéances électorales, mais pour quel avenir au juste ? Celui- de l’aggravation des inégalités, en matière de logement, de déplacements, de scolarité ?

C’est celui auquel nous opposons un modèle de solidarité, entre les générations, entre le rural et l’urbain, avec les générations futures.