22/03/2007
Loi Robien : si les pauvres sont mal logés, ils n'ont qu'à louer un duplex neuf en centre ville
Faites le test. Vous vous rendez sur votre moteur de recherche internet favori, vous saisissez "loi de robien". Aussitôt vous verrez apparaitre une longue série de sites qui proposent d'acheter un patrimoine immobilier en bénéficiant de défiscalisation. Dans une autres colonne, vous aurez probablement une série de publicités d'organismes financiers ou immobiliers qui invitent à profiter du dispositif Robien.
Au prétexte d'encourager l'investissement dans l'immobilier, la loi Robien apparait ici de façon explicite pour ce qu'elle est : une aide publique à la construction de propriétés privées. Vous avez de l'argent ; payez moins d'impôts en investissant.
Derrière cette aide ne figure pas un objectif précis d'intérêt général. On pourrait imaginer que les pouvoirs publics définissent un cahier des charges pour des constructions qui prévoient la Haute qualité environnementale, ou l'accessibilité pour handicapés, ou encore des loyers accessibles et plafonnés pour des ménages modestes... Dans un tel cas, l'argent du contribuable sert de levier pour faire avancer la société dans le bon sens.
Ici, il ne s'agit pas de cela. Le choix gouvernemental - repris dans la rhétorique de la majorité au Conseil municipal d'Amiens - veut que des investissements soient ainsi mobilisés pour la construction de logements au moment où le pays en manque et alors que la puissance publique "ne peut pas tout faire". Il s'agirait d'intervenir sur l'ensemble de la chaine du logement pour détendre le marché.
Or cette vision est idéologique au moins pour trois raisons :
1/Il manque surtout des logements accessibles à prix modérés,
2/Les logements manquent en particulier dans les grandes villes et pas de façon uniforme sur le territoire,
3/Les personnes disposant de revenus corrects rechignent à quitter des logements à loyers modérés car l'inflation de l'immobilier les en dissuade (sans parler des doutes pouvant exister sur l'avenir de leur emploi). Ils ne "libèrent" donc pas de logements à des personnes plus modestes.
L'offre de logements de standing n'a donc pas détendu le marché de l'immobilier, et elle n'a pas eu de répercussions sur les logements plus accessibles, bien au contraire, comme nous allons le voir.
** Le dispositif Robien a encouragé la construction de logements qui ne correspondaient pas à la demande **
Le journal "Le Monde" notait en mai 2006 que "Les incitations fiscales à l'investissement locatif qui se sont succédé depuis les lois Méhaignerie (1990), Périssol (1996), Besson (1998), Robien (2003) et le nouveau Borloo Populaire, qui entrera en vigueur le 1er juillet, ont suscité un marché de la défiscalisation, avec ses promoteurs et gestionnaires spécialisés dont on commence à mesurer les faiblesses."
La défiscalisation sans règles d'intérêt général a suscité des constructions de logements neufs inadaptés à la demande qui ne trouvent finalement pas de locataires ! Avec au passage quelques opérations spéculatives et lucratives... sauf pour les "pigeons" qui croyaient bénéficier d'une aubaine fiscale et se retrouvent avec un logement à louer mais pas de locataires dedans.
Un autre article du quotidien Le Monde intitulé "Des logements neufs ne trouvent pas de locataires" indiquait en avril 2006 que " Le phénomène a de quoi surprendre dans un contexte général de pénurie locative : des logements neufs ne trouvent pas preneurs. Mais cet état de fait prévaut bel et bien dans des municipalités de taille moyenne : Dax, Mont-de-Marsan (Landes), Montauban (Tarn-et-Garonne), Tarbes (Hautes-Pyrénées). Sans être cantonné au Sud-Ouest, ce dérèglement des marchés locatifs y semble plus répandu qu'ailleurs. Il reflète les effets pervers de l'amortissement « Robien ». "
** La fondation Abbé Pierre très critique **
La fondation Abbé Pierre, qui publie chaque année un rapport argumenté sur l'état du logement en France, résume ainsi le phénomène (Extrait du rapport de février 2006) :
" Le « Robien », créé en 2003, illustre cette dérive de la production vers des logements qui s’avèrent inaccessibles aux ménages modestes et à plus forte raison aux pauvres. Cette situation est d’autant plus insupportable que ces logements bénéficient d’une aide budgétaire de l’Etat pour un montant comparable à celui qui est accordé au logement social (de l’ordre de 20 000 euros par logement), sans aucune contrepartie sociale (niveaux de loyer élevés, absence de conditions de ressources pour les locataires). Cette aide aux investisseurs privés conduit à la hausse des prix fonciers et immobiliers et rend donc plus difficile la construction de logements sociaux.
Le processus que génère la production de logements « Robien » provoquera probablement dans certaines zones un appauvrissement des couches moyennes confrontées à l’augmentation des loyers, et plus certainement une plus grande dépendance des catégories les plus modestes vis-à-vis du logement social et des solutions indignes, dont elles resteront captives. Le « Robien » aura ainsi contribué, avec l’aide de l’Etat, à fabriquer une autre ségrégation sociale, par l’éviction des pauvres de toutes les zones urbanisées marquées par cette mécanique
inflationniste. "
Qui a bénéficié de la loi Robien ?
- Le secteur du bâtiment. au total 420.000 logements mis en chantier en 2006, parmi lesquels les "Robien" sont sur un marché à forte valeur ajoutée,
- les bénéficiaires d'allègements fiscaux quand ils n'ont pas été embarqués dans des opérations douteuses
- les personnes ayant des revenus corrects et recherchant des logements neufs.
- les promoteurs qui ont attiré des particuliers sur des opérations "clés en main"
Qui n'a pas bénéficié de ce dispositif ?
- Les ménages modestes qui attendent un logement. Seuls 23,7% des logements construits en 2005 sont accessibles aux personnes dont les plafonds de ressources correspondent aux HLM.
- les finances publiques, avec un manque à gagner qui n'aura pas été réparti de façon équitable
- Des particuliers qui pensaient faire une belle opération et une économie fiscale et qui se sont trouvés propriétaires d'un bien vide à rembourser,
Fallait-il être grand clerc pour ne pas voir que le marché du logement souffre du manque de logements à prix accessible ? Chaque année la fondation Abbé Pierre en fait état dans son rapport et le phénomène n'est pas nouveau.
Face à la crise du logement, le gouvernement a aggravé la situation en encourageant des aventures financières, et M. de Robien a pris une lourde responsabilité dans ce phénomène que les contreparties plus "sociales" des dispositifs Borloo ne parviendront pas à corriger.
** Saint-Martin... ou Marie-Antoinette ? **
Saint-Martin est connu pour avoir coupé son manteau en deux afin d'habiller un mendiant qui avait froid. Cela s'est passé à Amiens au IVeme siècle.
Aujourd'hui, le mal-logé voit construire sous ses yeux des logements à prix élevé... qui parfois restent inoccupés. Cela est du un ministre originaire d'Amiens. On est davantage dans la logique prêtée à Marie-Antoinette : "ils n'ont pas de pain, qu'ils mangent de la brioche".
Il est grand temps de revenir au message universel de solidarité qui honore notre ville. Le logement est une cause locale et nationale. Un effort particulier doit être fait par la collectivité pour aider les bailleurs sociaux à proposer des logements accessibles à tous, notamment sur le foncier. Si des aides publiques doivent aller au logement, alors cela doit coincider avec des objectifs d'intérêt général, comme le logement social et la qualité du bâti. C'est bien à cela que les impôts doivent servir en priorité.
Et c'est finalement une illustration par l'exemple de ce qui distingue la droite et la gauche.
22:10 Publié dans Logement, Politique | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Logement, Loi Robien, HQE, fiscalité, gauche
20/03/2007
Echanges sur l'agenda 21
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J'ai rencontré ce matin des élèves de seconde au lycée agricole du Paraclet. Leurs enseignants les ont invités à réfléchir sur l'agenda 21 d'Amiens métropole et plus particulièrement les thématiques "déchets" et "énergie". A partir de quelques actions pointées dans le document, le débat s'est engagé sur les questions les plus pertinentes : qui paye ? Est-ce qu'il revient au citoyen de tout assumer ? Pourquoi ne pas revenir aux consignes ? etc. cela a aussi été l'occasion d'évoquer des réticences ou des préoccupations sincères qui étaient reflètées au travers de questions posées aux habitants. Partager avec eux une réflexion sur les problèmes très concrets, ou plus vastes, qui se posent au travers du développement durable était un vrai plaisir. C'était aussi une surprise pour eux de constater que les questions des déchets et de l'énergie n'était pas seulement liées à une préoccupation de protection de l'environnement, mais étaient aussi éminèment économiques.
C'était l'occasion pour moi de relire quelques unes des bonnes feuilles de l'agenda 21 d'Amiens métropole. C'est un document de facture correcte. Malheureusement, les intentions et actions qu'il contient - davantage axées sur la responsabilité du citoyen que sur celle de la collectivité - sont noyées dans un ensemble de politiques publiques qui s'y opposent. Prenons quelques réalisations actuelles :
-La place de la gare : la question de l'intermodalité des transports entre la gare ferroviaire, la gare routière, les piétons, les bus, les taxis, les vélos.... tout simplement été évacuée de la place. Il est même prévu de déplacer la gare routière. La cohérence des déplacements n'est pas traitée.
-Le regroupement des hôpitaux au sud d'Amiens : un nombre élevé de places de parking et une priorité donnée à l'accès par la route, absence de cohérence avec les parcs relais pouvant être mis en place en périphérie, pas de démarche HQE (haute qualité environnementale) pour la construction des nouveaux bâtiments...
-Nouveaux bâtiments du quartier la Vallée : tour Vadé, multiplexe.... des réalisations choisies comme des symboles, mais qui ignorent le développement durable. Un bâtiment énergivore avec le cinéma, une tour Vadé dont le style sera original mais qui passe à côté de la démarche HQE. Est-ce symbolique aussi ?
-Maisons à 100.000 euros : une série de maisons à cent mille euros est programmée à Amiens, dans le cadre du plan Borloo. On voit bien l'idée qui consiste à proposer des maisons à prix accessible, mais si l'équipement intérieur de ces maisons (isolation thermique, chauffage électrique,...) reste minimal, c'est un coût d' "usage" qui sera beaucoup plus élevé pour les résidents, et ira a contrario de l'efficacité énergétique.
De ces exemples, on peut tirer la conclusion suivante : l'agenda 21 reste - avec l'utilisation du vocable "développement durable" - une sorte de gadget que la ville d'Amiens et l'agglomération font figurer dans un éventail de mesures : un peu d'environnement ici, un peu de social par là, un peu de démocratie locale ailleurs...
Mais dès qu'il s'agit des dossiers importants et à gros budget, les enjeux environnementaux disparaissent : pas de traces de développement durable ou de Haute qualité environnementale au collège Rimbaud, au Zenith, au palais des Congrès... il faut construire vite et beaucoup sans s'encombrer de fioritures écologiques. On manque des occasions de faire du développement durable à grande échelle. Mais on demande aux gens d'éteindre leur lumière lorsqu'ils quittent une pièce dans l'agenda 21...
C'est un raisonnement de court terme. Isoler thermiquement et phoniquement, économiser la ressource en eau, prévoir les déplacements alternatifs... c'est investir dans des solutions d'avenir et dans la qualité de vie. C'est aujourd'hui l'ère dans laquelle Amiens doit entrer. C'est rendre service aux habitants de préparer aujourd'hui la ville aux enjeux écologiques de l'avenir.
21:00 Publié dans Amiens, Politique, Politique de l'énergie | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : agenda 21, écologie, Amiens, place de la gare, HQE, développement durable































