13/10/2008
Entre les murs
Ce film a été précédé par sa réputation. Palme d’or unanime encouragée par le président du jury Sean Penn, il a été dit un peu partout qu’il s’agissait d’une peinture « réaliste » de l’école à la manière d’un documentaire où chacun – à commencer par les élèves – joue un rôle assez proche du sien.
Cette ambiguité pourrait fausser notre point de vue, or il faut d’abord voir « Entre les murs » comme une œuvre de cinéma. En cela, elle n’est pas réaliste dans le détail de ce qu’elle présente. Ceux qui travaillent dans l’éducation nationale pourraient se faire un malin plaisir de disséquer les invraisemblances et toutes les lacunes que comporte le récit (oui, un prof ne laisse pas sa classe livrée à elle-même pour emmener un élève chez le principal ; contrairement à la scène du film le jour de la rentrée est généralement bien plus calme que les autres car tout le monde s’observe, etc. ). Mais justement c’est une fiction et pas un documentaire. Il serait tout aussi étonnant de s’insurger qu’un film policier – même excellent et avec un point de vue réaliste - ne décrive pas la réalité d’un commissariat en restituant toutes les scènes où les policiers remplissent des papiers administratifs qui n’apparaissent jamais à l’écran. On passera donc sur les raccourcis ou facilités sur lesquelles certains ont pu s’arrêter.
S’il faut le dire en préambule, c’est parce que Laurent Cantet a très bien réussi à créer l’illusion et que c’est l’une des forces du film. Celle d’une immersion dans le monde de ce collège où nous avons le sentiment de partager très directement le vécu des uns et des autres. La mise en scène, avec des moments volés sur les gestes des uns et des autres qui s’incrustent au détour du récit, l’absence de musique, la prise de vue qui semble effectuée à l’insu des protagonistes comme dans la scène de la cafétaria, où lorsque Souleymane est exclu du cours,… c’est une reconstruction très réussie du réel d’un point de vue technique et cinématographique. La prestation de tous les comédiens y est pour beaucoup (les élèves sont formidables). Tant et si bien que des spectateurs – et parfois des enseignants – ont mal réagi en sortant du film parce qu’ils avaient le sentiment confus d’avoir affaire à une sorte de documentaire qui tenait davantage d’ « Envoyé spécial » que du film de cinéma, s’estimant en quelque sorte trahis par la réduction qu’il apporte de l’école.
Il serait trop réducteur de voir le film comme un simple témoignage sur la réalité de l’école.
Mais en tant que tel, il a déjà plusieurs mérites :
- Il évoque le fossé qui existe entre les normes culturelles de l’école, ses exigences classiques… et celles d’une partie des élèves qui n’ont pas accès à ces références et n’en perçoivent pas l’utilité (cf. la scène sur l’imparfait du subjonctif, mais le thème est récurent)
- Il évoque la difficulté pour les jeunes de se trouver une place, en étant toujours dans une dualité rejet/recherche de l’autre ; mais aussi la difficulté pour les adultes de se placer pour trouver le bon terrain de dialogue avec eux, entre ceux qui s’adaptent aux élèves et ceux qui estiment que c’est aux élèves de s’adapter à l’école. Tout ceci est plutôt bien restitué dans l’attitude très affective des élèves, où dans les divergences de point de vue entre les éducateurs.
- Il montre des jeunes qui réussissent ou échouent, et pas seulement à l’intérieur de l’école : celui qui prétend savoir et qui ne sait rien, celle qui a lu un livre de Platon de son propre chef, ceux qui maîtrisent les technologies multimédias mais qui ne connaissent pas les pays européens ou les auteurs, celle qu’on a jamais entendu et qui vient dire en détresse à la fin qu’elle ne comprend rien mais qu’elle ne veut pas aller en LP.. Il montre un enseignant qui réussit et qui échoue. Il valorise les élèves mais il commet également des erreurs, se montre de mauvaise foi quand il s’agit de les assumer.
Pour arriver à faire passer ces messages, le film utilise des moyens qui peuvent faire tomber les bras des professionnels qui connaissent bien les situations proches de celles du film : les cours de français devient une sorte de « leçon de vie » où le prof s’adapte continuellement à ce que disent les élèves, l’équipe pédagogique reste très homogène et très responsable (même génération, même préoccupation professionnelle au travers de discours contradictoires mais toujours très posés…).
Bien sur on peut avoir un point de vue réac et suffisant comme Zemmour. Se contenter de dire "c'est une honte ! Mais qui sont ces gens ? Qu'on nous débarrasse de toute cette racaille qu'il est impossible d'instruire comme les bons élèves triés sur le volet des années 50"... Ou comment faire du populisme bas de gamme à peu de frais. Zemmour démontre qu'il ne suffit pas d'être allé à l'école pour savoir réfléchir.
Au contraire, le film est à recommander pour tous ceux qui ont été à l’école il y a quelques années, ou qui y ont fait un parcours rapide et tranquille. Ils auront une certaine illustration de l’enseignement avec des publics difficiles qui contrastera peut-être avec l’image qu’ils avaient peut-être du cours bien tranquille pour bons élève. La société a changé et l’école publique recrute plus largement qu’auparavant, avec toutes les difficultés qui vont avec. Le film pointe au passage les difficultés d’accès à la « culture normale », l’emprise des marques et de la société du spectacle, les relations entre filles et garçons, la mixité sociale, le métissage… Au travers des liaisons sociales qu’il met ainsi en relief, c’est la société qui se trouve au dehors des murs qui est en écho, avec les êtres humains qui se débattent pour y exister malgré les pesanteurs. On est tout près du cinéma de Ken Loach. Le film n’est pas une thèse sur l’éducation, c’est une tranche de vie contemporaine, un éclat de société qui surgit et il amènera fatalement le spectateur à réfléchir et à se positionner. Rien que pour cela, le film vaut la peine d’être vu.
23:30 Publié dans cinéma | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, éducation
01/06/2007
L'école publique doit rester une priorité
Négligée pendant 5 ans de gouvernements Raffarin et Villepin, lʼécole publique risque dʼêtre encore une fois délaissée avec lʼUMP.
La carte scolaire doit être maintenue : Le projet de suppression de la carte scolaire, que le gouvernement veut expérimenter dès la rentrée 2007, constitue une première attaque contre lʼécole de la République, ouvrant la voie à une mise en concurrence des établissements.
Ce sont les écoles qui auront leur liberté de recrutement ; ce ne sont pas les familles qui auront le choix de leur école. La «sélection» inévitable qui va sʼen suivre risque de creuser des écarts entre écoles. La carte scolaire mérite des aménagements, mais elle doit être maintenue pour assurer la diversité sociale.
Suppressions de classes et de postes dʼenseignants en perspective : Les postes dʼenseignants et les classes sont la cible de mesures de suppressions chaque année en Picardie et à Amiens. Pourtant notre région a des besoins plus importants, avec des résultats scolaires inférieurs à la moyenne nationale.
De plus, lʼaccueil des élèves handicapés en classes ordinaires et la création de nouvelles Classes dʼintégration (CLIS) correspondent à des besoins croissants sur lesquels des personnels doivent être affectés. Les moyens doivent être maintenus à Amiens et en Picardie pour compenser les besoins non satisfaits.
20:43 Publié dans Politique, Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : ecoles, handicap, ump, éducation
27/03/2007
Arrestation de Belleville : le silence du ministre
Nous avons été nombreux à être choqués par l'intervention policière aux abords d'une école de Belleville, à Paris, avec l'arrestation d'une personne sans-papiers devant les enfants. La garde à vue de l'institutrice qui s'en est mêlée était d'autant plus choquante.
A l’appel des principaux syndicats enseignants, de la Fédération des conseils de parents d’élèves, du Réseau Education sans Frontières (RESF - logo) et de SOS Racisme, près de 900 personnes se sont regroupées lundi soir devant le Rectorat de Paris pour exprimer leur indignation.
Plusieurs candidats à la présidentielle ont exprimé leur réprobation de ce qui apparait comme le type de dérapage auquel conduit le projet de Nicolas Sarkozy.
En revanche, silence radio du côté du Ministre de l'éducation nationale.
Et ce silence est pesant, car il cautionne ce qui s'est passé. Hors cette intervention policière dans le cadre de l'école est un grave dérapage qui s'attaque à des principes forts. Des principes fondamentaux d'humanité et de protection de l'enfance et du lien familial. Des principes républicains d'accueil des étrangers sur notre sol. Aucune procédure administrative et aucune ambition présidentielle ne justifie de fouler cela aux pieds.
17:05 Publié dans Droits de l'homme, Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : démocratie, éducation, personnes sans papiers, gauche
25/03/2007
Jeudi on change de maire, mais pas de politique
C'est officiel depuis vendredi, Brigitte Fouré a démissionné de son mandat de maire d'Amiens, et Gilles de Robien va reprendre son siège à compter du prochain Conseil municipal, jeudi 29 mars. Il sera donc Ministre de l'éducation nationale, président de la métropole et maire d'Amiens.
C'est tout sauf une surprise ou un événement.
Gilles de Robien est dans une mauvaise passe au niveau national. Ministre de l'éducation nationale maladroit et malmené du gouvernement Villepin, il ne trouve grâce ni auprès de l'UMP Sarkozy, ni auprès de l'UDF Bayrou. Le quotidien Libération analysait la situation dans un article du 21 mars intitulé "Cible des manifs d'hier, le ministre de l'Education n'est soutenu ni à l'UDF ni à l'UMP : Robien exclu de la classe'. Extrait :
"Distance. (François Bayrou) qui a placé l'éducation au coeur de son projet présidentiel, s'est clairement démarqué du ministre en exercice, en condamnant fermement son décret sur le temps de travail des enseignants «pris sans discussion avec les personnels». Un décret que lui ne retiendra pas.
Tenu à distance par ses amis centristes, Robien est aussi loin d'être dans les petits papiers de Sarkozy. C'est même le contraire, le candidat de l'UMP faisant fort peu de cas du ministre centriste. (...) A Maisons-Alfort (Val-de-Marne), le 2 février, il a de nouveau piétiné les plates-bandes de Gilles de Robien en dénonçant cette fois la «faillite de l'éducation».
Pas vraiment dupe, le ministre a tenté de trouver des alliés mieux en cour dans le «Sarkoland». Par vidéo interposée, il est intervenu fin janvier devant le Parti radical de Jean-Louis Borloo, un collègue de gouvernement qu'il fréquente assidûment. Prévu pour être, en retour, l'invité phare du cercle de réflexion de Robien, Société en mouvement, le ministre de la Cohésion sociale s'est défilé à la dernière minute. Il y a quelques jours, à travers un rapport sur l'éducation, rédigé pour le patron de l'UMP, l'ex-ministre de l'Enseignement scolaire, Xavier Darcos, a rendu patente la disgrâce: il s'y dit «frappé du climat de lassitude, de démobilisation et d'aigreur qui règne au sein des fédérations d'enseignants, tous bords confondus». "
Isolé au plan national, Gilles de Robien procède à une retraite tactique sur Amiens à la veille des échéances électorales et reprend donc son fauteuil de maire dans un contexte qui ne lui est pas des plus favorables.
Mme Fouré, qui occupait la fonction de maire depuis 2002, n'avait pas fait grand mystère de la démission en blanc qu'elle avait signé dés le départ en assurant le relais. Force est de reconnaître qu'elle sera restée loyale jusqu'au bout. La politique est souvent minée par les petites intrigues. Des maires de gauche et de droite qui avait provisoirement laissé leur siège à un second, ont parfois vu ce dernier s'accrocher au fauteuil et devenir un adversaire. Rien de tel ici, et finalement c'est tout à l'honneur de Mme Fourré de tenir sa parole.
Les choses sont ainsi plus claires puisque Gilles de Robien avait annoncé qu'il se représenterait aux prochaines élections municipales dés la fin 2005. Les termes du débat ne seront pas vraiment modifiés puisque la politique menée sur la métropole et la ville était celle de Gilles de Robien, et elle le reste. Pour un an.
19:00 Publié dans Amiens | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Amiens, éducation, débat municipal
18/03/2007
Cinq ans de ministères pour Gilles de Robien, et pour quel bilan ?
(ce texte est paru dans Amiens ville, février 2007 - il est commun aux élus MRC, PCF, PS et Verts au Conseil municipal).
M. De Robien a longuement évoqué son action de ministre à l’occasion des vœux qu’il a formulés en tant que président d’Amiens métropole, en ce début d’année.
Successivement en responsabilité de la politique des transports, du logement et de l’éducation sous les gouvernements Raffarin et Villepin, M. De Robien a pris fait et cause pour les options de la majorité UMP, emboîtant le pas aux réformes contestées – comme le contrat première embauche - et offrant la ville d’Amiens au premier ministre pour y instaurer contre toute attente un « couvre feu » décalé avec la réalité locale.
Mais le bilan aura aussi un coût direct pour les Amiénois. M. de Robien restera comme le ministre de la spéculation immobilière, de l’abandon des transports collectifs et d’une vision rétrograde de l’éducation.
Le logement :
Spéculation immobilière, car le logement de type « de Robien » est un produit immobilier très prisé pour échapper à la fiscalité, mais qui n’a pas répondu aux besoins réels de logement qui existent dans les grandes villes. Le coût pour la collectivité est important. Le bilan est sévère : des logements construits mais qui ne correspondent pas aux besoins, et un marché de l’immobilier toujours aussi tendu. On est loin des recommandations de la fondation Abbé Pierre en matière de constructions de logements sociaux.
Les transports :
Abandon des transports collectifs, car le passage de Gilles de Robien au ministère des transports aura été marqué par la suppression des aides d’Etat aux projets de transports en commun dans les grandes villes. Un véritable scandale au regard des enjeux climatiques et des conséquences sur les déplacements quotidiens de millions de personnes. Les municipalités ont dû trouver d’autres financements, souvent auprès des Conseils Régionaux de gauche issus des élections de 2004 comme cela a été le cas au Mans. A Amiens, un retard important a été pris en ce domaine, et découvrant les effets positifs de l’inauguration du tramway à Bordeaux, Montpellier ou Paris, l’ancien ministre des transports et opposant aux transports collectifs Gilles de Robien s’est découvert soudainement l’envie de créer une commission sur le sujet pour sa ville. Nous en prenons acte, mais notre détermination demeure entière sur le sujet. Pour le moment, ce sont plutôt les sociétés de parking qui ont bénéficié de la manne publique.
La pirouette manquée sur le nouveau départ du dossier du TGV par Amiens, finalement rejeté par la commission nationale du débat public révèle le jeu de poids du ministre à Paris.
L’école :
Finalement, la politique scolaire aura été l’achèvement d’une politique très orientée à droite. Bien sûr cela a débuté avec le feuilleton grotesque des méthodes de lecture, où le ministre a voulu interdire par oukaze une méthode globale qui n’est quasiment jamais utilisée en l’état par les enseignants. Mais c’est aussi le changement des méthodes de calcul pour les aides à l’enseignement privé, les suppressions massives de postes d’enseignants, notamment en Picardie, alors que les besoins d’encadrement des élèves demeurent importants.
L’emploi :
Des générations de jeunes diplômés pensaient enfin bénéficier du départ en retraite des « papy-boomers », ils trouvent finalement des contrats d’avenir, dont le nombre a fortement augmenté à la veille des échéances électorales, mais pour quel avenir au juste ? Celui- de l’aggravation des inégalités, en matière de logement, de déplacements, de scolarité ?
C’est celui auquel nous opposons un modèle de solidarité, entre les générations, entre le rural et l’urbain, avec les générations futures.
20:00 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : logement, transports collectifs, éducation, gauche, emploi































