16/04/2009

La "journée de la jupe" lance le débat

Autant le film déçoit par ses piètres performances "artistiques" (c'est parfois invraisemblable et caricatural... en dehors d'I. Adjani, les interprêtes ne sont pas toujours convaincants), autant il faut lui reconnaître le mérite de mettre les pieds dans le plat sans détour sur un sujet difficile.

Même si le film emprunte certaines facilités, il échappe à certains travers qui auraient pu se replier sur lui. Il traite de sujets actuels, crus et tendus, où il pourrait être facile de trouver prétexte à une interprétation de mauvaise foi : racisme, sécurité, éducation, banlieue, religion... sexisme enfin et surtout. Et sur cette difficulté majeure, le film s'en sort très bien.

 

C'est le propre d'une République de s'infliger ce débat douloureux sur ses propres limites. Le film appuie là où ça fait mal. La prof qui finit par péter les plombs et se révolter contre ses élèves n'est pas une personne sans repères, naïve, dépassée... voir une réac' ou une personne simplement intolérante, c'est au contraire une enfant de l'école publique, qui a su en tirer ce qu'il y a de meilleur pour s'élever vers la culture et à l'acte d'enseigner... Elle se retrouve confrontée à une classe arrogante où seuls comptent les rapports de domination et la violence.  C'est l'échec. L' échec de cette prof de français est celui de l'école, et celui de l'école est celui d'une société qui passerait à côté de certaines de ses missions si elle en venait à oublier le système de valeurs qu'elle est sensée transmettre au-delà de tout savoir : la tolérance, le respect du à autrui, la laïcité, l'égalité des sexes,...  la démocratie.

C'est là où le film pourrait jouer un rôle à contre-emploi : laisser penser à celles et ceux qui voient ça de loin que la situation vécue dans ce film est une sorte de banalité dans les collèges français des grandes villes. Heureusement, ce n'est pas le cas. Il y a une grande quantité de personnels qui agissent et réflechissent, notamment dans les collèges qui connaissent les situations les plus difficiles.

Mais il est sans doute vrai que le film pointe un état de tension entre une partie de la société française et les modèles que l'école entend transmettre, via ses éducateurs qui sont en première ligne. Le Monde en a rendu compte dans un article consultable ici. Je ne vais pas ici reprendre les verbiages sur le "malaise enseignant" ou sur la crise que traverse la société, car c'est justement ainsi qu'on s'appesentit sur des aigreurs sans fond dont il ne peut ressortir que des propos radicaux et définitifs qui visent à faire table rase de la situation actuelle, qui est complexe.

Il y a pourtant un certain public qui ne comprend pas les valeurs de l'école, et aussi une certaine école qui ne sait plus s'adresser à ses élèves alors que ce devrait être sa mission première. Cette incompréhension, qui se transforme en ironie, en rapport de force, en souffrance, en violence... elle se cristallise finalement ici sur la question du droit que les femmes doivent avoir de s'habiller comme elles le veulent pour "porter une jupe sans être traitée de pute". Et vivre aussi librement que les hommes nécessite de bousculer quelques principes de l'école dont la neutralité pourrait s'assimiler à de l'indifférence. L'école doit transmettre des valeurs, et pour défendre les droits des femmes ou des filles à s'habiller comme elles l'entendent et à être respectées, cela signifie qu'il faut aller au devant de toute religion qui le proclame, de la coutume qui le banalise, de l'entourage qui le conforte.

Pas si facile quand on est dans ce type d'établissement (ce n'est pas vraiment mon cas, même s'il y a ici et là quelques échos dans mon lycée) et quand on demande à l'école d'être sur-responsable et de tout faire. Et pas si facile quand on est progressiste et que cette question de société vient percuter bon nombre d'idées reçues. Car le prisme de la lutte des classes, celui de la domination économique, est ici inopérant. Parce qu'on a beau être antiraciste, anticolonialiste (au sens où on comprend l'histoire qui est en amont de cette situation), aspirer à combattre les inégalités, il faut bien concevoir que les termes du débat sont posés en d'autres termes que ceux qui sont utilisés traditionnellement par la gauche. Derrière la banalisation du rapport de force comme seul mode de communication, c'est la barbarie qui prend le pas sur la démocratie, c'est le machisme qui s'impose de façon sauvage, c'est l'école qui est remise en question comme institution légitime. Et cette même école, sensée éduquer et favoriser un progrès social par l'accès à la connaissance, ne semble pas avoir trouvé les moyens pour y répondre, restant parfois figée sur son organisation et sur la transmission de savoirs académiques.

Les réponses ne sont pas formulées. Le film pose les termes d'un débat et nous invite à y réfléchir, et en cela il s'agit d'une vraie réussite que peu de films arrivent à susciter. Ce film suscite d'ailleurs une prose abondante, comme cela avait été le cas pour Entre les murs, et je renvoie notamment aux billets forts intéressants qui ont été publiés sur le site de Philippe Meirieu et sur le blog de Luc Cédelle, qui renvoient eux-mêmes à d'autres points de vue. A nous tous de continuer ce débat.

22/03/2009

Revoir Mulhollande Drive

993763071.jpgMulholland Drive, cette route sinueuse et pentue qui surplombe Los Angeles est à l'image de la succession de virages que le film emprunte.

Chargée d'une aura de mystère, la route donne son nom au film en revenant sur les traces de la Lost Highway, titre du film précédent de David Lynch. Les films ont d'ailleurs beaucoup de similitudes, mais Mulholland Drive a dépassé l'ensemble des créations précédentes de David Lynch pour atteindre une forme d'accomplissement. On ne parlera pas ici de maîtrise, de maturité ou de sagesse, autant de concepts inadequats devant la liberté formelle de Lynch, d'autant plus que l'imagination et l'intuition occupent depuis longtemps chez lui une place prépondérante qui le rend si inclassable. L'expérience accumulée de Lynch au détour des ses aventures cinématographiques, télévisuelles, graphiques, musicales... est ici au service d'une oeuvre de cinéma qui nous touche et nous intrigue.



1294096330.jpgCe qui a décontenancé bon nombre de spectateurs, mais qui constitue l'une des forces du film, c'est sa construction chaotique, ouvrant et fermant des portes dans des directions qui sont franchement déconcertantes au premier visionage. Le spectateur peut se braquer, ou se laisser porter, mais il cherche toujours à retrouver l'équilibre perdu à la sortie du film. Il voudra reconstituer le puzzle dont il a perçu ici et là que des pièces s'assemblaient. Il faut un ordre, une suite, une logique... notre penchant cartésien a été malmenné pendant 2h30 mais avec suffisamment de subtilité pour être maintenu en éveil : c'est un cendrier, une clé bleue, un téléphone, un personnage habillé en cow-boy, un prénom... qui surgissent comme autant d'indices susceptibles d'autoriser une reconstitution a posteriori. C'est précisément l'une des forces du film de déclencher cette interrogation et cette aspiration à comprendre. Ces 2h30 de suspension de la rationnalité sont l'une des forces majeures du film car cette apnée constitue en soi une expérience étrange que peu de films auront réussi à insuffler chez leurs spectateurs.

Celles et ceux qui cherchent ces clés (que nous avons tous cherché après l'avoir vu) pourront trouver leur bonheur dans les nombreux forums de discussion et sites internet qui exposent les hypothèses, sachant que Lynch laisse penser que chacun peut habiter les pistes proposées au gré de sa propre imagination. L'un des meilleurs refuges pour trouver une explication peut être visionné dans un court documentaire que l'on peut voir ici/partie 1 et là/partie 2.

432565763.jpgMais cette quête de rationnalité bien naturelle ne doit pas empêcher de regarder le film en se laissant emporter par l'entremêlement étrange des événements, comme nous nous laissons emporter dans le doux délire d'un rêve ou d'un cauchemar, où la cohérence marque le pas sur les émotions, ce qui leur permet de prendre davantage de place.

Cette percée des émotions est la deuxième grande réussite du film. Rendue possible par la décomposition du récit, elle autorise l'émergence d'ambiances mystérieuses, érotiques, fantaisistes... que le spectateur peut habiter en y projetant ses propres désirs et ses propres peurs, car notre imagination cherche à combler les failles du récit.

Peur primale

240692472.jpg Ainsi, la scène du Twinkie renvoie à une peur profonde, irrationnelle, comme celle que nous avons tous connu un jour dans un cauchemar où nous nous sentons impuissants face à une menace ou un événement terrible.

Lorsque cette scène surgit, nous ne connaissons ni les lieux, ni les protagonistes. Nous ignorons tout de son inscription dans les événements. Il faut bien regarder la façon de filmer - en ondulant autour des épaules des personnages - qui créée une atmosphère flottante. Par ailleurs, les sons d'ambiance sont absents. On entend uniquement les deux personnages principaux parler. Autant d'éléments qui renforcent de façon subtile le climat étrange de la scène pour installer progressivement la terreur.



Le péril sensuel
1371899256.jpgSensualité domination, jalousie, pulsions... Avec les personnages féminins Camilla/Rita et Diane/Betty, nous approchons des mystères de la de la transgression, des rapports sociaux qui s'établissent derrière les jeux de la séduction,...





573329411.jpg198775411.jpgL'inversion des rôles qui s'opère entre les deux personnages renforce ce trouble : la fille perdue et dominée devient celle qui décide et définit les règles du jeu, quand celle qui était si audacieuse, volontaire et euphorique devient dépressive, perdante, et aigrie. D'autres personnes viennent troubler cette relations déjà déséquilibrée : Adam, le metteur en scène, mais aussi la blonde Camilla qui réapparait dans la réalité sous les traits de la fille au baiser.

484027008.jpgLes images sont magnifiques. Les actrices sont belles, et c'est aussi l'attention portée auparavant à leur peau, à leurs visages, à leurs vêtements, aux cheveux... qui fait monter crescendo cette ambiance de sensualité, jusqu'à la chute violente que Diane va éprouver dans la seconde partie, alors qu'elle devient le spectre endolori de Betty, dans l'ombre d'une autre.




1477515320.JPGL'illusion du cinéma
Aspiration à la gloire, allégorie du changement d'identité, images mythiques du cinéma (Rita Hayworth, studios hollywoodiens), David Lynch se sert du cinéma dans un jeu de miroir. Le cinéma est illusion, le récit est illusion... Le spectateur troublé se comporte comme le personnage amnésique. Nous habitons le film avec nos propres intuitions en nous agrippant à ce que nous identifions. Betty projette ses rêves d'enfance sur le monde hollywoodien qu'elle découvre et qui s'avère un tapis de roses prêt à l'accueillir bras ouverts... Ah, si seulement la réalité était aussi belle.

Maîtres inconnus
241951931.jpgFigures étranges : le nain démiurge, le monstre sorcier ou le cow-boy omniscient viennent ponctuer le film, marquer des ruptures dans le récit tout en nous précipitant dans l'inconnu. Nous sommes perdus, nous ne comprenons plus, nous cherchons des réponses.



639039086.jpg863496796.jpg






Et finalement, comme Adam, nous remettons notre destin entre les mains de celui qui se présente.



Le déséquilibre qui s'est installé nous a mis en péril. Nous avons peur du vide, de l'inexpliqué, de l'inconnu... La distillations de ces éléments indicibles ravive notre soif de comprendre. Les personnages ne semblent pas maîtriser leur destin, ce sont ces personnages improbables qui tirent les ficelles (comme avant eux le personnage sombre de Lost highway, le nain et le géant de Twin peaks...). Mais peut-être sont-ils plutôt une incarnation des démons intérieurs des personnages.


994618505.jpg L'inconnu, la peur, le mystère, l'illusion... autant de cheminements où nous explorons les désirs du corps (sexualité, sensualité des actrices, des images, des situations...) et l'aspiration à exister (au travers du cinéma, en étant quelqu'un pour l'autre...). Si Mulholland drive est un film qui a été si souvent apprécié, c'est n'est pas seulement en raison de son esthétisme visuel et musical, ou de la décomposition astucieuse du récit, c'est aussi parce qu'il forme un écho de mythologies anciennes ou récentes qui résonnent en nous, et permettent au spectateur d'approcher des sensations profondes et authentiques au travers de l'allégorie qui se déroule sous ses yeux.

13/03/2009

Watchmen : Anti Super-héros

Sommes nous arrivés à l'ère des blockbusters intelligents ? Jusqu'à présent, les deux mots n'allaient pas tellement ensemble. Un blockbuster, c'était du lourd, de l'évident, du bien épais sans jointures qui vous donne des stars et/ou des effets spéciaux en échange du prix du billet, et tant pis pour la vraisemblance, l'histoire, la psychologie des personnages, la subtilité... Alors je n'ai pas fait grand cas de la sortie du film Watchmen dans un premier temps, et en lisant ce que les critiques en disaient ici et là, cela a aiguisé ma curiosité.

Certes, le film Watchmen adapte une Bande dessinée culte qui posséde un réel contenu narratif, mais il est justement surprenant que celui-ci ait été préservé dans ce film intrigant, dérangeant,... où des des super-héros déprimés et cyniques traversent ce film chaotique pendant 2h30.

C'est un mythe revisité. Les super-héros sont traditionnellement l'incarnation idéalisée du rêve américain. Ils présentent vision positiviste de l'histoire qui glorifie la science et le dépassement individuel dans un monde binaire ou s'affrontent le bien et mal.

Watchmen prend le contrepied de cette approche en présentant des super-héros qui n'en sont pas vraiment (sauf un), la plupart névrosés accomplissant les basses besognes de gouvernements réacs (dans un monde ou Nixxon est réélu pour la cinquième fois après avoir remporté la guerre du vietnam grace à eux). Comme la critique du Monde l'a justement noté : Jamais l'Amérique n'avait montré des superhéros aussi abîmés et cyniques.

Perdus entre leurs obsessions personnelles, leurs idéaux, la distance qu'ils mettent entre eux et le commun des mortels, ils accomplissent des actions contradictoires, se cherchent... Nous avons face à nous des personnages destructurés, et la construction habile du film, entremêlant flash-backs sur les personnages et trame centrale, l'illustre très bien. Il y a aussi une B.O. compilant des chansons sixties qui fonctionne d'autant mieux qu'elle semble décalée.

Bien sur, on en prend plein la vue avec des effets spéciaux qui nous bluffent, mais ils sont bel et bien au service d'une histoire. Le film n'est pas sans faiblesses notamment avec quelques scènes trop appuyées. Paradoxalement, ce sont parfois les scènes de bagarre qui semblent plaquées dans un film qui dispose de bien d'autres atouts, et qui sait maintenir jusqu'à la fin une profonde ambiguité dont on ne peut se départir - tant vis-à-vis des personnages que vis-à-vis de l 'histoire, et ce n'est pas le moindre mérite de ce film que de nous intriguer à ce point.

30/01/2009

Les noces rebelles. Golden gloups.

1032474231.jpg Si vous êtes dévoré par l'envie d'aller voir ce film (au choix : parce qu'on retrouve les acteurs de Titanic, parce que Sam Mendes est précédé d'une bonne réputation, parce que les critiques sont dans l'ensemble assez bonnes, parce que Kate Winslet a reçu 2 golden globes...), alors ne lisez pas ce billet.

L'histoire : un couple tourne mal et s'ennuie dans son train-train. Ils veulent partir en France, surtout elle. Il a une promo dans son boulot de merde et donc ils restent et se disputent. Drame. Elle meurt après une tentative d'avortement foirée. Fin.

Ca dure deux heures (c'est long deux heures) et s'il faut dire quelque chose de positif sur le film, on retiendra les acteurs. Il y a aussi une belle lumière et quelques effets chromatiques sympas.

Pour le reste, tout est attendu et appuyé, et finalement rien de tout cela n'est vraiment convaincant.

Le titre français pour commencer (les distributeurs peuvent encore en pondre quelques uns comme celui-là : "Les noces sauvages", " les noces déchirées", "les noces poubelle",...) qui remplace le titre original Revolutionary road qui était un peu plus original et à double tranchant. Mais ce n'est pas très grave.

La musique, en revanche, ca devient grave. Je ne sais pas quel effet ca vous fait d'entendre un pianiste qui a un répertoire de 4 notes. Moi, ça me rend teigneux. Surtout qu'ici les arpèges minimalistes sont sensés nous attirer des larmes. Un peu comme dans les show-télé avec les panneaux qui disent aux gens de rire ou d'applaudir. Ici, on a "tin tin tin tin (piano) : pleurez". Ils ont de la chance car j'ai déjà lancé mes chaussures sur l'ex-président Bush, sans quoi...

Et puisque je parle des choses appuyées dans le film, on va s'y arrêter cinq minutes. Car dans ce film tout est mon-tré, de façon bien lour-de. Ah, on vous le montre l'intérieur rangé des années 50, et même on le remontre, vous avez compris ? C'est la vie ordinaire, la femme au foyer, ... bon, on vous le remontre encore, au cas où vous n'auriez pas vu, avec un plan qui va durer quelques minutes. Vous n'avez pas compris ce que pensent les deux héros, alors on fait intervenir un personnage qui sort d'un asile et qui dit tout haut ce que tout le monde pense, comme ça on a des images appuyées (drame et re-drame) et on a même des dialogues qui viennent nous ex-pli-quer le film.
Et pour ne prendre aucun risque, le film ne sort surtout pas de ses rails. Si bien qu'on peut comprendre au début de chaque scène comment elle va se terminer. Un voisin qui a le béguin, un dancing, une voiture = ils couchent dans la voiture à la fin. bingo !

Kate Winslet a pu ajouter 2 golden globe sur sa cheminée grace au film. Demain les oscars.... Oui, elle joue bien. Mais on est ici dans la dérive qui consiste à faire un film en partant des acteurs pour broder autour. Alors vous avez intérêt à beaucoup aimer les acteurs en question.

31/12/2008

2008 en 20 films

Retour rapide sur une année de ciné... coups de coeur, bons moments et quelques tranches d'ennui.

LE HAUT DU PANIER

2128661259.jpg Two Lovers (James Gray), pour l'atmosphere intimiste, le jeu d'acteur de Joaquin Phoenix. J'ai déjà publié un court billet sur ce film. Sans hésiter, sur le podium des meilleurs films de l'année.

726140377.jpgNo country for old men (Joel & Ethan Coen). Deux films des frères Coen dans la même année, c'est du luxe. Les frères Coen retrouvent la veine de Fargo mais l'humour a disparu. C'est un film crépusculaire, terrible, fataliste (comme le sont tous leurs films, même les comédies). A voir aussi pour le trio de personnages qui se croisent sans se voir, surtout Javier Bardem en tueur démoniaque, et pour la scène magnifique de poursuite au lever du jour.

211029356.jpgValse avec Bachir. C'était un pari de traiter cette partie des conflits au moyen-orient au travers d'un film d'animation. C'est réussi, et même bien au-delà de ce qu'aurait pu donner un film classique. Ce film aux tons mordorés contient d'authentiques moments forts, et nous entraine dans la quête du personnage sur sa propre histoire jusqu'à une fin bouleversante.

207597289.jpgSoyez sympas, rembobinez (Michel Gondry). Un film drôle, original, généreux... J'ai beaucoup aimé cette histoire de bras-cassés qui se réinventent leur monde en refilmant des blockbusters avec leur vhs, et qui entrainent toute une population derrière eux. C'est un vrai conte moderne.

39989090.jpgWall-e est un film tout-public riche, recherché, ingénieux, moral, drôle, émouvant.. il fait du bien quand on le voit. Toute la première partie du film sur la Terre, sans paroles, est très intrigante et bourrée d'idées... ensuite, on revient à un film d'animation plus conventionnel mais ça reste un plaisir.





LES BONS MOMENTS

1376988959.jpgPeur(s) du noir. Plusieurs mini-films d'animation noirs par des dessinateurs en vue. Ceux de Charles Burns et Blutch sont les plus dérangeants, donc les meilleurs dans le genre. Incontournable pour ceux qui aiment être confrontés à cette atmosphère, et plus largement pour les amateurs de bd.

1478123491.jpgThere will be blood. Grand film (acteurs, réalisation, ambiance, histoire)... qui nous propose une série de scenes d'anthologie comme l'accident dans la mine au début, l'explosion du derrick, l'arrivée du frère, la séparation avec le gamin... Dommage pour la fin, qui tombe un peu à plat au regard du souffle qui a porté le film auparavant.

56904936.jpgBons baisers de Bruges. Comédie, Film noir ? On hésite à le classer tant il navigue entre les deux. Les deux protagonistes se perdent dans cette ville improbable (Fucking Bruges !) et on se perd avec eux dans leurs déboires.

759978508.jpgShine a light (Martin Scorsese). C'est un documentaire et un film de concert formidable. Le montage entre les scènes d'installation du début, les scènes de concert, les images d'archives, forme une belle alchimie. On vibre au côté de ces géants de la musique dont l'âge et le plaisir de jouer se lisent sur les visages.







182640073.jpgUn conte de Noël (Arnaud Desplechins). Le cinéma de Desplechins se confirme mais il entre dans une période où il commence à se caricaturer lui-même avec sa bourgeoisie de province improbable, ses intellos obsédés et revanchards,... Il reste une brochette d'acteurs impeccables, des intérieurs filmés avec talent, des ambiances intimistes,... qui savent restituer des émotions, des moments humains intenses.

428848745.jpgInto the wild (Sean Penn). C'est un film audacieux et dans l'ensemble assez réussi. Il ne faut pas être impatient devant les 2h30 annoncés avec un rythme assez lent. L'approche du personnage, son décrochage par rapport à sa famille et son aspiration à rencontrer une forme d'authenticité, la série de rencontres avec des personnages décalés, tout sonne juste. On retrouve l'esprit des films ecolos des années 70 (Jeremiah Johnson...) mais avec une tonalité plus pessimiste.

1483953253.jpg2024722148.jpget aussi Burn after reading, Entre les murs, le plaisant Sex and the city - le film (une fois qu'on a invalidé l'aspect superficiel des problèmes existentiels des filles en gucci et chanel, il reste un film bien foutu), Indiana Jones et le royaume du crane de cristal (pour le côté Madeleine, mais maintenant il faut arrêter...), Bienvenue chez les ch'tis (parce qu'il faut l'avoir vu quand des millions de gens l'ont vu. C'est un film sympathique parce qu'il est modeste dans ses intentions, en dépit du succès qu'il a remporté, mais la nostalgie de la France d'antan est un peu agacante), Pour elle (film de genre français - thriller - avec des moments réussis mais aussi un fort sentiment de déjà vu...)




LE FONDS DE CUVE
1442044342.jpg Vicky Cristina Barcelona (Woody Allen). J'ai déjà dit assez de mal de ce film dans un précédent billet, ca suffit.

1389856459.jpg Gomorra. Le livre est mal écrit et nombriliste mais il a un réel intérêt documentaire. Quel est l'intérêt du film, qui transforme le récit du livre en fiction ? On a du mal à voir. Le film semble vain. On s'ennuie un peu, même si la reconstitution est plutôt convaincante

1561582176.jpg Ploy. Film d'auteur ?... bof. C'est long, superficiel, et il ne se dégage pas grand chose de ce chassé-croisé de personnages dans des chambres d'hotel. Le propos du film est tellement léger que ca aurait pu être le scénario d' un film de cul, sauf qu'ici il y a un vague prétexte esthétique. Ici et là il y a quelques belles prises de vue. Ca ne fait pas un film.


Et c'est sans compter les films auxquels j'ai échappé. Sans quoi les trois mauvais films ci-dessus auraient peut-être gagné à la comparaison avec les productions de Luc Besson...

17/12/2008

7 entrées dans le cinéma des frères Coen

1.Les cheveux (improbables)
Le système pileux des personnages des frères Coen prend t-il tellement de place que les racines des cheveux étouffent leurs cerveaux ? On est en droit de le penser.

117642146.jpg George Clooney est obsédé par sa gomina et la résille qu'il place sur ses cheveux pour dormir alors qu'il est en pleine évasion dans O'brother...




395449078.jpg ..au contraire du gentil écervelé, incarné par Nicolas Cage dans Arizona junior, qui va rester hirsute du début à la fin du film.







516047380.jpg445027167.jpg Plus organisé. on retrouve des bananes qui semblent taillées avec un seche-cheveux bloqué au maxi : voir John Turturo dans Barton Fink, ou Brad Pitt dans Burn after reading.


1970955064.jpg Enfin, la cultissime coiffure d'un Javier Bardem démoniaque dans No country for old men marque l'apotheose de cette délicate attention pour les détails des personnages.



1320759881.jpeg La question est tellement importante qu'elle méritait bien un film à part entière. Billy Bob Thortorn incarne un coiffeur pour homme dans The Barber








2.Les chapeaux (décisifs)
Le chapeau porte t-il le sceau de la trahison ? Est-ce parce qu'il masque les cheveux ? Il reste que le chapeau coiffe les têtes des personnages qui retournent leurs vestes.

255080394.jpg Le vieux détective de Blood simple, leur premier film, va inaugurer cette lignée de personnages peu fiables avec sa trogne patibulaire.





1218992751.jpg Fargo. Peut-être leur meilleur film à ce jour. Peter Stormare en tueur psychopathe impatient, coiffé d'un bonnet qui protège bien les oreilles. Quand tous les personnages sont amenés à se trahir dans un film, il fait si froid qu'ils portent tous un chapeau.



1661882339.jpg 432938115.jpg Qui va trahir ? Quels mensonges cachent les chapeaux de la belle Marylin (Catherine Zeta-Jones) et de son mari (Billy Bob Thornton) dans Intolérable cruauté.


263860312.jpg2046336495.jpg Chapeau de circonstance pour le sheriff du Nouveau Mexique (Tommy Lee Jones) dans No country for old men. Il ne s'agit pas d'un traitre, mais d'un témoin, comme le cow-boy dans The Big Lebowski.


1302428271.jpg Ici encore, le détail méritait qu'un film lui revienne. Le chapeau de Tom Reagan, le héros de Miller's crossing (Gabriel Byrne), sert de fil rouge dans une histoire à tiroirs.





3.Les têtes (creuses)
Les idiots ne vont jamais seuls. Ils sont nombreux, et ils se débattent avec les événements pour aggraver les situations davantage qu'il n'était besoin. Leurs bassesses remplissent le cinéma des Coen. La galerie de portrait pourrait reprendre des castings entiers. Sélection de têtes creuses.

1443503150.jpg Clooney estimait qu'il arrivait au terme d'une trilogie d'idiots avec Burn after reading. Il a suggéré un prochain rôle plus cérébral aux deux frères qui lui ont répondu qu'ils ne feraient alors pas appel à lui. C'est vrai qu'il le fait si bien, l'idiot. Ici avec Frances McDormand.


697799112.jpg The Ladykillers réunit une bande de cambrioleurs bas-de-plafond dans un sous-sol. Etroitesse des lieux. Etroitesse d'esprit. La galerie de ratés qui débute le film le sauve, c'est peut-être l'un des moins réussis.



2142710497.jpg Peter Stormare, très demandé pour jouer les rôles de félés (c'est aussi lui qui dirige le gang nihiliste dans The Big Lebowski) compose ici avec Steve Buscemi un duo de malfrats aussi bêtes que méchants dans Fargo.




2008816126.jpg Trio d'imbéciles, mais gentils cette fois. L'odyssée de Clooney et consorts à travers le Sud profond est portée par un Ulysse qui est en proportion aussi nul et naif que le héros de la légende était rusé.




424062025.gif The Big lebowski. L'une des plus belles brochettes de couillons du cinéma. Un Jeff Lebowski (Jeff Bridges) qui part en guerre parce qu'on a pissé sur son tapis. Son ami Walter Sobchak (John Goodman), déclencheur de cataclysmes borné et obsessionnel. Et c'est encore Steve Buscemi qui s'y colle pour jouer Donny, le pauvre type que personne n'écoute.




4.Les femmes (décidées)
Chez les Coen, le genre féminin n'est pas un sexe faible. Depuis la flic qui veut un bébé par tous les moyens dans Arizona junior, jusqu'à celle de Fargo qui mène son enquête jusqu'au bout enceinte jusqu'au cou, en passant par la femme de fer retrouvée dans O'brother, la femme est volontaire, et elle donne souvent l'impulsion qui va influencer les événements dans lesquels les mâles pas très malins décrits dans le chapitre précédent vont se noyer.

2059274977.jpg Dans Miller's crossing, Verna est la femme fatale partagée entre le boss et son second. Betty Boop ombrageuse. Elle fait les choix que ses amants ne savent pas faire.




284805729.jpg Katie Cox (Tsilla Chilton) est la seule personne qui semble un peu équilibrée dans Burn after reading, mais dés lors qu'elle prend la décision de se séparer de son mari Osbourne, tout part de travers pour le peuple des nuls qui gravite autour d'elle.



1769019101.jpgIntolérable cruauté. Catherine Zeta-Jones est Marylin, représentante d'élite des épouses décidées à vivre de pensions arrachées à l'issue de procès infamant pour leurs maris. Encore une fois, les hommes, maris et avocats, courrent après les décisions des femmes.



1150858335.jpgCastratrice. Julianne Moore dans The Big Lebowski incarne la plus extreme des femmes à poigne. C'est elle qui décide de convoquer The Dude, d'avoir un enfant, de faire des oeuvres d'art... et c'est elle qui est propriétaire du tapis de Jeff Lebowski comme de pas mal d'autres choses.




5.Les escaliers (dangereux) mènent à des chambres (inquiétantes)
On n'est jamais très rassurés dans les intérieurs des frères Coen. Depuis la chambre angoissante de Blood simple, jusqu'au placard de Burn after reading, les hotels, chambres, appartements, immeubles, sont souvent des endroits où les choses se passent mal et tournent au drame. Et tout commence dans l'escalier...

1782159617.jpg Burn after reading. John Malkovich descend l'escalier, ça n'augure rien de bon. George Clooney a dévalé l'escalier dans la même maison quelques scènes plus tôt - mais sur le ventre. Echo de la femme kidnappée qui tombe dans l'escalier emmelée dans son rideau de douches, dans Fargo.




1113920440.jpg Qu'on le monte ou qu'on le descende, l'escalier est sans issue. Woody Harrelson l'a compris à cet instant dans No country for old men.




853154280.jpgEt Llewelyn Moss (Josh Brolin) n'est pas plus en sécurité dans sa chambre face au démoniaque Anton Chigurh (Javier Bardem), toujours dans No country for old men.




844373626.jpgSuccession d'intérieurs hostiles dans Blood Simple : le couple adultère photographié en pleine nuit dans son appartement, la boite de nuit fermée où le drame se noue, et finalement la cavale dans un appartement aux cloisons peu étanches.




2132993105.gif Barton Fink, ou la chambre d'hôtel qui rend fou. John Turturo en plein délire kafkaien en compagnie de son étrange camarade de couloir John Goodman.




583842196.jpg Tout en haut de l'escalier : le sommet de la tour. Là où on devient définitivement fou, au point de sauter dans le vide en pleine réunion du conseil d'administration. Le grand saut est un film un peu à part dans leur filmographie, une sorte de comédie musicale sans chansons.




6.Les paroles (difficiles)
Soit ils disent n'importe quoi, soit ils sont incapables de parler.... Les personnages rencontrent fréquemment des problèmes de communication.

Les trois personnages de George Clooney dans O'brother, Intolérable cruauté et Burn after reading sont des bavards imbus d'eux mêmes... A contrario, The Barber repose sur ce personnage intérieur qui ne se livre jamais, et dont on se demande ce qui peut le pousser à agir.

337577850.jpg The Barber. Billy Bob Thornton, dans le rôle du coiffeur qui ne parle pas.





669432559.jpg Brad Pitt en maitre-chanteur incompétent dans Burn after reading. Son argumentaire d'extorsion se limite à la phrase "les apparences sont trompeuses" après avoir demandé son nom trois fois à son interlocuteur.




1079321455.jpg La sheriff de Fargo (Frances McDormand) et son mari. Un couple sans paroles, où tout est habitude.





7.Les Etats-Unis (ordinaires)
1323753355.jpegLes frères Coen filment l'Amérique en rentrant dans des lieux quotidiens, communs, parfois vulgaires : la discothèque (Blood simple), le magasin de voitures (Fargo), Le club de bowling (The Big lebowski), les petits flics de comté (Fargo, No country for old men), le club de gym (Burn after reading)... C'est une tournée des Etats, depuis le Minesotta enneigé de Fargo jusqu'au Nouveau mexique désertique de No country for old men, en passant par le Mississipi, New York, la Californie, l'Arizona... prochainement l'Alaska.
Ce n'est pas l'amérique des super-héros, mais plus souvent celle des loosers et de l'échec. Que ce soit en utilisant les recettes du film noir ou celles de la comédie, le cinema des frères Coen est fataliste. Les événements auxquels les personnages prétendent échapper retombent sur eux pour les écraser. Le film dure le temps de la suspension des éléments au-dessus de leurs têtes.
L'utilisation régulière des grandes étendues, comme, ici dans Fargo ou No country for old men vient appuyer l'aspect écrasant du sort qui s'abat sur les protagonistes.
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Pour lire une interview des frères Coen sur le site des Inrocks, c'est ici.

16/12/2008

Burn after reading

1465495729.jpgJe me précipite toujours pour voir les films des frères Coen. Aucune lignée avec le précédent "No country for old men", ici ils reviennent à la comédie avec une farce d'espionnage. On a du mal à la sortie du film à dire quel personnage est le plus stupide de la collection qui nous est proposée. Mais ils sont tous bien joués, à commencer par Brad Pitt et George Clooney à contre-emploi. le premier en coach de salle de sport buvant de gatorade en se trémoussant sur son ipod, le deuxième en dragueur obsédé par sa ligne et par les parquets On sourit. On rit. C'est bien foutu, comme le sont toujours les films des frères Coen, même si - évidemment - on est pas au niveau de leurs films majeurs.
Enfin... avant le film, il y avait les bande-annonce de plusieurs comédies (le plus souvent françaises) qui donnaient plutôt envie de pleurer ou de dormir tellement elles montraient ce qu'on a déjà vu et revu, avec un peu moins de talent que la fois précédente. Avec la comédie, il est tellement facile de donner dans la facilité et la bétise qu'il faut remercier les frères Coen de mettre un peu d'esprit et de rythme au service du genre.

02/12/2008

Two Lovers, Cinq étoiles

1949845492.jpg Une seule chose est ratée dans ce film, c'est l'affiche. Two lovers est un film sombre, dur, efficace et juste dans ce qu'il montre des relations humaines à partir de la relation amoureuse.
C'est le talent de l'acteur et celui du cinéaste qui sont totalement exposés puisque le sujet - un homme qui aime deux femmes et qui se sent basculer - a déjà été traité des milliers de fois.
Aucun plan n'est le fait du hasard. La prise de vue est intelligente, bourrée d'idées, comme l'intro du film derrière le personnage principal marchant maladroitement sur un quai, ou plus tard le même qui téléphone au travers d'une vitre qui dédouble son image, ... Joaquin Phenix est épatant en paumé au coeur d'artichaut prenant ses médicaments dans l'appartement vieillot de ses parents. Le film repose en grande partie sur ses épaules et sa présence. On oublie qu'il était le héros fort et décidé des polars de James Gray, The Yards et La nuit nous appartient.
Ce n'est pas l'Amérique des vainqueurs et des héros. C'est celle des petits riens et des gens modestes. Ce n'est pas celle de la réussite triomphante du rêve sur la réalité, mais celle des doutes et des petits renoncements ordinaires. Pour moi, c'est l'un des meilleurs films de l'année, et peut-être le meilleur.

18/10/2008

Vicky Cristina Barcelona, film indigent

1384848685.jpgLe film débute avec cette voix off qui ne va pas nous quitter de tout le film pour essayer de nous expliquer ce qui se passe sous nos yeux. D’emblée, c’est l’échec de l’image. Le film ne se suffit pas. D’ailleurs ce film n’a pas grand chose à dire et W.A. est obligé d’avoir recours à ce commentaire permanent pour nous faire croire qu'il a un propos, mais sans succès. Au lieu d’assumer une forme de légéreté insouciante, le film prétend transmettre un message. A trop prétendre, il est juste prétentieux et lourd. Le scénario pourrait être celui d’un film x ou d’une série à l’eau de rose : quelques personnages caricaturaux se voient dans des décors ensoleillés, couchent ensemble et basta.

Est-ce Woody Allen qui a réalisé ce film ? ou est-ce l’office du tourisme espagnol ? On sort en ayant le sentiment d'avoir payé une place de ciné pour voir un dépliant publicitaire. Une prise de vue plate et sans idée nous ballade sur les incontournables touristiques de l’Espagne du sud, avec les airs de guitare espagnole comme poncif musical en fond sonore insupportable. Au secours les clichés ! L’Espagne mérite mieux que ce défilé de voitures neuves et de taxis fraichement lavés avec la marque bien apparente pour nous emmener d’une demeure de luxe à un paradore ou un couloir d’aéroport fraichement lustré. Tout sonne faux, à commencer par les artistes forcément torturés et des gens qui découvrent qu’ils pensaient aimer, mais non en fait… Et non, ce n'est pas profond, c’est juste creux.

Et pourtant, j’étais a priori favorable à l’idée de voir un nouveau film de woody allen (cinéaste dont j'aime les films plus anciens mais aussi les récents et légers Match point ou Scoop). J’étais aussi séduit d'avance par l’affiche de comédiennes, et c’est au final le seul intérêt du film. Voir les belles Penelope Cruz, Scarlett Johansson ou Rebecca Hall (je sens que je vais avoir des ennuis avec B.) et l’excellent et charismatique Javier Bardem (pour faire bonne mesure), mais ils ne sauvent pas le film du naufrage dans les procédés faciles et les clichés.





13/10/2008

Entre les murs

Ce film a été précédé par sa réputation. Palme d’or unanime encouragée par le président du jury Sean Penn, il a été dit un peu partout qu’il s’agissait d’une peinture « réaliste » de l’école à la manière d’un documentaire où chacun – à commencer par les élèves – joue un rôle assez proche du sien.


Entre les murs
envoyé par hac_max


Cette ambiguité pourrait fausser notre point de vue, or il faut d’abord voir « Entre les murs » comme une œuvre de cinéma. En cela, elle n’est pas réaliste dans le détail de ce qu’elle présente. Ceux qui travaillent dans l’éducation nationale pourraient se faire un malin plaisir de disséquer les invraisemblances et toutes les lacunes que comporte le récit (oui, un prof ne laisse pas sa classe livrée à elle-même pour emmener un élève chez le principal ; contrairement à la scène du film le jour de la rentrée est généralement bien plus calme que les autres car tout le monde s’observe, etc. ). Mais justement c’est une fiction et pas un documentaire. Il serait tout aussi étonnant de s’insurger qu’un film policier – même excellent et avec un point de vue réaliste - ne décrive pas la réalité d’un commissariat en restituant toutes les scènes où les policiers remplissent des papiers administratifs qui n’apparaissent jamais à l’écran. On passera donc sur les raccourcis ou facilités sur lesquelles certains ont pu s’arrêter.

S’il faut le dire en préambule, c’est parce que Laurent Cantet a très bien réussi à créer l’illusion et que c’est l’une des forces du film. Celle d’une immersion dans le monde de ce collège où nous avons le sentiment de partager très directement le vécu des uns et des autres. La mise en scène, avec des moments volés sur les gestes des uns et des autres qui s’incrustent au détour du récit, l’absence de musique, la prise de vue qui semble effectuée à l’insu des protagonistes comme dans la scène de la cafétaria, où lorsque Souleymane est exclu du cours,… c’est une reconstruction très réussie du réel d’un point de vue technique et cinématographique. La prestation de tous les comédiens y est pour beaucoup (les élèves sont formidables). Tant et si bien que des spectateurs – et parfois des enseignants – ont mal réagi en sortant du film parce qu’ils avaient le sentiment confus d’avoir affaire à une sorte de documentaire qui tenait davantage d’ « Envoyé spécial » que du film de cinéma, s’estimant en quelque sorte trahis par la réduction qu’il apporte de l’école.


Il serait trop réducteur de voir le film comme un simple témoignage sur la réalité de l’école.
Mais en tant que tel, il a déjà plusieurs mérites :
- Il évoque le fossé qui existe entre les normes culturelles de l’école, ses exigences classiques… et celles d’une partie des élèves qui n’ont pas accès à ces références et n’en perçoivent pas l’utilité (cf. la scène sur l’imparfait du subjonctif, mais le thème est récurent)
- Il évoque la difficulté pour les jeunes de se trouver une place, en étant toujours dans une dualité rejet/recherche de l’autre ; mais aussi la difficulté pour les adultes de se placer pour trouver le bon terrain de dialogue avec eux, entre ceux qui s’adaptent aux élèves et ceux qui estiment que c’est aux élèves de s’adapter à l’école. Tout ceci est plutôt bien restitué dans l’attitude très affective des élèves, où dans les divergences de point de vue entre les éducateurs.
- Il montre des jeunes qui réussissent ou échouent, et pas seulement à l’intérieur de l’école : celui qui prétend savoir et qui ne sait rien, celle qui a lu un livre de Platon de son propre chef, ceux qui maîtrisent les technologies multimédias mais qui ne connaissent pas les pays européens ou les auteurs, celle qu’on a jamais entendu et qui vient dire en détresse à la fin qu’elle ne comprend rien mais qu’elle ne veut pas aller en LP.. Il montre un enseignant qui réussit et qui échoue. Il valorise les élèves mais il commet également des erreurs, se montre de mauvaise foi quand il s’agit de les assumer.

Pour arriver à faire passer ces messages, le film utilise des moyens qui peuvent faire tomber les bras des professionnels qui connaissent bien les situations proches de celles du film : les cours de français devient une sorte de « leçon de vie » où le prof s’adapte continuellement à ce que disent les élèves, l’équipe pédagogique reste très homogène et très responsable (même génération, même préoccupation professionnelle au travers de discours contradictoires mais toujours très posés…).

Bien sur on peut avoir un point de vue réac et suffisant comme Zemmour. Se contenter de dire "c'est une honte ! Mais qui sont ces gens ? Qu'on nous débarrasse de toute cette racaille qu'il est impossible d'instruire comme les bons élèves triés sur le volet des années 50"... Ou comment faire du populisme bas de gamme à peu de frais. Zemmour démontre qu'il ne suffit pas d'être allé à l'école pour savoir réfléchir.


Au contraire, le film est à recommander pour tous ceux qui ont été à l’école il y a quelques années, ou qui y ont fait un parcours rapide et tranquille. Ils auront une certaine illustration de l’enseignement avec des publics difficiles qui contrastera peut-être avec l’image qu’ils avaient peut-être du cours bien tranquille pour bons élève. La société a changé et l’école publique recrute plus largement qu’auparavant, avec toutes les difficultés qui vont avec. Le film pointe au passage les difficultés d’accès à la « culture normale », l’emprise des marques et de la société du spectacle, les relations entre filles et garçons, la mixité sociale, le métissage… Au travers des liaisons sociales qu’il met ainsi en relief, c’est la société qui se trouve au dehors des murs qui est en écho, avec les êtres humains qui se débattent pour y exister malgré les pesanteurs. On est tout près du cinéma de Ken Loach. Le film n’est pas une thèse sur l’éducation, c’est une tranche de vie contemporaine, un éclat de société qui surgit et il amènera fatalement le spectateur à réfléchir et à se positionner. Rien que pour cela, le film vaut la peine d’être vu.