11/05/2009

Isaac le pirate. En attendant le tome 6

Les pirates n'ont pas seulement réinvesti le cinéma. Les auteurs de BD se sont emparés à nouveau de ce genre depuis quelques années, soit avec une approche de BD d'aventures, comme Long John Silver (Dorison, Laufray) ou Le diable des sept mers (Hermann, Yves H.), soit avec une approche plus actuelle mélant humour, propos intimiste et récit d'aventure, comme c'est le cas avec la série Isaac le pirate, de Christophe Blain.

 

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815089867.gifDébutée en 2001, la série comporte à ce jour cinq volumes.  

Dans les trois premiers épisodes, l'imagination est au rendez-vous. Isaac (peintre juif, c'est un clin d'oeil aux BD de Johan Sfar) part dans des aventures lointaines, un peu malgré lui, pour peindre les aventures du pirate mégalomane et sanguinaire Jean Mainbasse. Pendant ce temps, sa compagne Alice vit sa vie à Paris.  Dialogues enlevés, situations originales, récit rythmé, personnages attachants... le mélange d'émotion, de folie et d'humour fonctionne à merveille. 

 

1749489486.jpg2056555583.gifIsaac s'éloigne de la piraterie dans le 4ème épisode où il regagne la capitale. Le récit perd un peu la vigueur et le rythme qu'il avait dans les premiers opus. Panne d'inspiration ? Le volume 5 intitulé Jacques - confirme cette tendance. Le récit se réoriente, hésite à prendre de nouvelles directions. Christophe Blain laisse libre cours à son imagination, mais les personnages semblent un peu perdus dans le dédale des rues parisiennes et le lecteur s'y perd aussi. Pas de nouvel opus depuis la sortie du tome 5 en 2005. Une pause bénéfique en attendant le sixième (et dernier ?) volet ?  Esperons que nous pourrons en juger bientôt.  

08/04/2009

Loin d'être parfait

1060588.jpg Avez-vous envie de vous plonger dans les névroses de petits bourgeois coincés, enfants de la seconde génération d'immigrants asiatiques de la côté ouest des Etats-Unis ?


1642098879.jpgDit comme cela, pas sur que Loin d'être parfait soit une b.d. très engageante. Et pourtant, il s'agit d'une BD d'auteur à découvrir. Adrian Tomine prolonge le trait fin qu'il avait initié dans les quatre petites histoires de l'excellent Blonde platine. On retrouve le même art de dire beaucoup de choses avec une facture assez sobre, aussi bien au niveau des textes que du graphisme.
Il s'agit ici d'une seule histoire, sur une centaine de pages. Usure du couple, complexes, difficulté à vivre sa libido ou à s'extérioriser, tous les personnages sont prisonniers des limites qu'ils s'imposent, et restent enfermés dans leur petite ville d'Oakland... et au milieu de leur désarroi, une ligne finit par séparer ceux qui restent et ceux qui partent ; celui qui n'arrive pas à se réaliser - replié sur ses propres certitudes - et celles qui se dépassent en s'ouvrant à d'autres horizons.

Fluctuat.net a publié un bon article sur l'album et une interview d'Adrian Tomine. Une autre interview de cet auteur figure sur le site de Bodoï.

28/03/2009

Paracuellos. Terriblement drôle.

860807466.jpg Paracuellos est le nom d'un foyer de l'assistance publique espagnole. Carlos Gimenez y décrit le quotidien de gamins (dont lui-même) laissés à la garde de religieuses aigries et de surveillants miliciens dans l'Espagne des années 50. Rien que du vécu.

C'est terrible (j'ai renoncé à compter le nombre de baffes et autres brimades...) mais aussi terriblement drôle. Gimenez décrit des histoires de gosses perpetuelllement affamés, écrasés entre le sabre et le goupillon, toujours dans l'attente des visites de parents... Ses souvenirs, et ceux d'autres pensionnaires de l' "Auxilio social" auprès desquels il a recueilli toutes ces histoires mordantes de vérité, fournissent un cadre féroce mais où les bétises et astuces enfantines apparaissent d'autant plus naïves et drôles. Un léger trait de caricature dans le dessin et dans les caractères fait justement ressortir la fraicheur des situations. C'est l'occasion d'une géniale collection de personnages chez les pensionnaires. On se familiarise avec Pablito (le dessinateur, fan de comics), Pirracas (le mangeur les mouches), Pichi (l'effronté), Sancha (le profiteur), Peribanez (celui qui fait des vocalises et qui vole au dortoir pour se venger), les terribles frères Pirana...
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Les portraits des adultes ne sont pas moins réussis. Antonio, le surveillant qui donne une baffe d'un coup à 9 gamins ; l'infimière aveugle qui soigne à côté des plaies ; la mère Josefina qui exige de la "discipiline", le père Rodriguez qui met des baffes à deux mains pour que sa victime reste debout et puisse en reprendre aussitôt une deuxième...

En lisant vous aurez mal au ventre devant la brutalité cet univers autoritaire imergé dans l'espagne de Franco, mais ce sera aussi parce que vous vous serez tordu de rire. Il faut saluer l'excellente initiative de Fluide glacial d'avoir publié l'intégrale des six volumes.

28/10/2008

Le roi des mouches

1769953308.gif Trois ans entre le volume 1 et le volume 2 du Roi des mouches de Mezzo et Pirus, auteurs exigeants et méticuleux qui nous livrent donc un second volume à la hauteur du premier. Chronique pleine de torpeur où les personnages trainent alternativement leurs angoisses et leurs obsessions. C'est l'appel du vide, chez les vivants et maintenant aussi chez les morts puisque le spectre de Damien - buté par une voiture en s'échappant d'une rave dans le premier volume - revient errer parmi les personnages dans son costume de squelette luminescent.

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Toutes les histoires pourraient être tragiques si elles n'étaient pas absurdes pour les personnages eux-mêmes, à commencer par Eric, personnage central dont on n'ose dire qu'il est un héros ou un anti-héros. Les personnages se regardent dériver, et nous les regardons s'abîmer.

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Le roi des mouches ne débrouissaille pas. Il emprunte les voies de Charles Burns ou de David Lynch, avec le même soin apporté aux images dérangeantes et la même inscription dans la culture musicale des années 70.



Le graphisme et le récit s'imbriquent parfaitement, avec des couleurs sombres en appui, pour délivrer une ambiance dérangeante qui nous enveloppe comme une glue, celle où périssent les mouches précisément.