27/04/2009

La fille en noir et blanc

349057970.jpegLe noir et le blanc étaient ses couleurs. Tennis blanches, bottines noires, jeans et vestes noirs, chemisiers et tee-shirts blancs : pas d'autres vêtements. Si, la jupe à carreaux. C'était une femme demi-deuil. Elle devait avoir, à son avis, le teint pâle, se maquiller peu. Cela laissait présager, d'après la femme de ménage, un naturel réservé et grave, plus enclin à la rêverie qu'à la parole. Elle l'imaginait profondément engloutie en elle-même, amarée à un noeud secret dont elle eût été incapable de se défaire et même de décrire la figure compliquée. Comme une sorte d'ancre plantée dans quelque vase intérieure, et qui l'eût douloureusement retenue en elle (elle ne le disait pas, bien sûr, en ces termes là exactement : son origine espagnole lui faisait utiliser le beau mot d' "ensimismada", qui est une adjectivation d' "en soi-même"). C'est ainsi qu'elle la voyait, idole cireuse, silencieuse et farouche, en proie à des peurs qu'elle n'aurait su désigner, mais que peut-être elle avait appris à ménager et même à cultiver comme la partie la plus indubitable d'elle-même. Mais aussi bien, peut-être se trompait-elle, et était-ce une petite dinde futile et cruelle. Cela aussi, se pouvait.

Olivier Rolin, Port Soudan, chapitre 2

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