28/03/2009

Paracuellos. Terriblement drôle.

860807466.jpg Paracuellos est le nom d'un foyer de l'assistance publique espagnole. Carlos Gimenez y décrit le quotidien de gamins (dont lui-même) laissés à la garde de religieuses aigries et de surveillants miliciens dans l'Espagne des années 50. Rien que du vécu.

C'est terrible (j'ai renoncé à compter le nombre de baffes et autres brimades...) mais aussi terriblement drôle. Gimenez décrit des histoires de gosses perpetuelllement affamés, écrasés entre le sabre et le goupillon, toujours dans l'attente des visites de parents... Ses souvenirs, et ceux d'autres pensionnaires de l' "Auxilio social" auprès desquels il a recueilli toutes ces histoires mordantes de vérité, fournissent un cadre féroce mais où les bétises et astuces enfantines apparaissent d'autant plus naïves et drôles. Un léger trait de caricature dans le dessin et dans les caractères fait justement ressortir la fraicheur des situations. C'est l'occasion d'une géniale collection de personnages chez les pensionnaires. On se familiarise avec Pablito (le dessinateur, fan de comics), Pirracas (le mangeur les mouches), Pichi (l'effronté), Sancha (le profiteur), Peribanez (celui qui fait des vocalises et qui vole au dortoir pour se venger), les terribles frères Pirana...
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Les portraits des adultes ne sont pas moins réussis. Antonio, le surveillant qui donne une baffe d'un coup à 9 gamins ; l'infimière aveugle qui soigne à côté des plaies ; la mère Josefina qui exige de la "discipiline", le père Rodriguez qui met des baffes à deux mains pour que sa victime reste debout et puisse en reprendre aussitôt une deuxième...

En lisant vous aurez mal au ventre devant la brutalité cet univers autoritaire imergé dans l'espagne de Franco, mais ce sera aussi parce que vous vous serez tordu de rire. Il faut saluer l'excellente initiative de Fluide glacial d'avoir publié l'intégrale des six volumes.

22/03/2009

Revoir Mulhollande Drive

993763071.jpgMulholland Drive, cette route sinueuse et pentue qui surplombe Los Angeles est à l'image de la succession de virages que le film emprunte.

Chargée d'une aura de mystère, la route donne son nom au film en revenant sur les traces de la Lost Highway, titre du film précédent de David Lynch. Les films ont d'ailleurs beaucoup de similitudes, mais Mulholland Drive a dépassé l'ensemble des créations précédentes de David Lynch pour atteindre une forme d'accomplissement. On ne parlera pas ici de maîtrise, de maturité ou de sagesse, autant de concepts inadequats devant la liberté formelle de Lynch, d'autant plus que l'imagination et l'intuition occupent depuis longtemps chez lui une place prépondérante qui le rend si inclassable. L'expérience accumulée de Lynch au détour des ses aventures cinématographiques, télévisuelles, graphiques, musicales... est ici au service d'une oeuvre de cinéma qui nous touche et nous intrigue.



1294096330.jpgCe qui a décontenancé bon nombre de spectateurs, mais qui constitue l'une des forces du film, c'est sa construction chaotique, ouvrant et fermant des portes dans des directions qui sont franchement déconcertantes au premier visionage. Le spectateur peut se braquer, ou se laisser porter, mais il cherche toujours à retrouver l'équilibre perdu à la sortie du film. Il voudra reconstituer le puzzle dont il a perçu ici et là que des pièces s'assemblaient. Il faut un ordre, une suite, une logique... notre penchant cartésien a été malmenné pendant 2h30 mais avec suffisamment de subtilité pour être maintenu en éveil : c'est un cendrier, une clé bleue, un téléphone, un personnage habillé en cow-boy, un prénom... qui surgissent comme autant d'indices susceptibles d'autoriser une reconstitution a posteriori. C'est précisément l'une des forces du film de déclencher cette interrogation et cette aspiration à comprendre. Ces 2h30 de suspension de la rationnalité sont l'une des forces majeures du film car cette apnée constitue en soi une expérience étrange que peu de films auront réussi à insuffler chez leurs spectateurs.

Celles et ceux qui cherchent ces clés (que nous avons tous cherché après l'avoir vu) pourront trouver leur bonheur dans les nombreux forums de discussion et sites internet qui exposent les hypothèses, sachant que Lynch laisse penser que chacun peut habiter les pistes proposées au gré de sa propre imagination. L'un des meilleurs refuges pour trouver une explication peut être visionné dans un court documentaire que l'on peut voir ici/partie 1 et là/partie 2.

432565763.jpgMais cette quête de rationnalité bien naturelle ne doit pas empêcher de regarder le film en se laissant emporter par l'entremêlement étrange des événements, comme nous nous laissons emporter dans le doux délire d'un rêve ou d'un cauchemar, où la cohérence marque le pas sur les émotions, ce qui leur permet de prendre davantage de place.

Cette percée des émotions est la deuxième grande réussite du film. Rendue possible par la décomposition du récit, elle autorise l'émergence d'ambiances mystérieuses, érotiques, fantaisistes... que le spectateur peut habiter en y projetant ses propres désirs et ses propres peurs, car notre imagination cherche à combler les failles du récit.

Peur primale

240692472.jpg Ainsi, la scène du Twinkie renvoie à une peur profonde, irrationnelle, comme celle que nous avons tous connu un jour dans un cauchemar où nous nous sentons impuissants face à une menace ou un événement terrible.

Lorsque cette scène surgit, nous ne connaissons ni les lieux, ni les protagonistes. Nous ignorons tout de son inscription dans les événements. Il faut bien regarder la façon de filmer - en ondulant autour des épaules des personnages - qui créée une atmosphère flottante. Par ailleurs, les sons d'ambiance sont absents. On entend uniquement les deux personnages principaux parler. Autant d'éléments qui renforcent de façon subtile le climat étrange de la scène pour installer progressivement la terreur.



Le péril sensuel
1371899256.jpgSensualité domination, jalousie, pulsions... Avec les personnages féminins Camilla/Rita et Diane/Betty, nous approchons des mystères de la de la transgression, des rapports sociaux qui s'établissent derrière les jeux de la séduction,...





573329411.jpg198775411.jpgL'inversion des rôles qui s'opère entre les deux personnages renforce ce trouble : la fille perdue et dominée devient celle qui décide et définit les règles du jeu, quand celle qui était si audacieuse, volontaire et euphorique devient dépressive, perdante, et aigrie. D'autres personnes viennent troubler cette relations déjà déséquilibrée : Adam, le metteur en scène, mais aussi la blonde Camilla qui réapparait dans la réalité sous les traits de la fille au baiser.

484027008.jpgLes images sont magnifiques. Les actrices sont belles, et c'est aussi l'attention portée auparavant à leur peau, à leurs visages, à leurs vêtements, aux cheveux... qui fait monter crescendo cette ambiance de sensualité, jusqu'à la chute violente que Diane va éprouver dans la seconde partie, alors qu'elle devient le spectre endolori de Betty, dans l'ombre d'une autre.




1477515320.JPGL'illusion du cinéma
Aspiration à la gloire, allégorie du changement d'identité, images mythiques du cinéma (Rita Hayworth, studios hollywoodiens), David Lynch se sert du cinéma dans un jeu de miroir. Le cinéma est illusion, le récit est illusion... Le spectateur troublé se comporte comme le personnage amnésique. Nous habitons le film avec nos propres intuitions en nous agrippant à ce que nous identifions. Betty projette ses rêves d'enfance sur le monde hollywoodien qu'elle découvre et qui s'avère un tapis de roses prêt à l'accueillir bras ouverts... Ah, si seulement la réalité était aussi belle.

Maîtres inconnus
241951931.jpgFigures étranges : le nain démiurge, le monstre sorcier ou le cow-boy omniscient viennent ponctuer le film, marquer des ruptures dans le récit tout en nous précipitant dans l'inconnu. Nous sommes perdus, nous ne comprenons plus, nous cherchons des réponses.



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Et finalement, comme Adam, nous remettons notre destin entre les mains de celui qui se présente.



Le déséquilibre qui s'est installé nous a mis en péril. Nous avons peur du vide, de l'inexpliqué, de l'inconnu... La distillations de ces éléments indicibles ravive notre soif de comprendre. Les personnages ne semblent pas maîtriser leur destin, ce sont ces personnages improbables qui tirent les ficelles (comme avant eux le personnage sombre de Lost highway, le nain et le géant de Twin peaks...). Mais peut-être sont-ils plutôt une incarnation des démons intérieurs des personnages.


994618505.jpg L'inconnu, la peur, le mystère, l'illusion... autant de cheminements où nous explorons les désirs du corps (sexualité, sensualité des actrices, des images, des situations...) et l'aspiration à exister (au travers du cinéma, en étant quelqu'un pour l'autre...). Si Mulholland drive est un film qui a été si souvent apprécié, c'est n'est pas seulement en raison de son esthétisme visuel et musical, ou de la décomposition astucieuse du récit, c'est aussi parce qu'il forme un écho de mythologies anciennes ou récentes qui résonnent en nous, et permettent au spectateur d'approcher des sensations profondes et authentiques au travers de l'allégorie qui se déroule sous ses yeux.

21/03/2009

Oncle Vania (aux Bouffes du nord)

293156360.jpg Belle représentation ce vendredi 20 mars aux Bouffes du nord. Bien sur, c'est d'abord le texte de Tchekhov qui sert la pièce, avec cette désillusion sournoise qui habite tous les personnages.
La mise en scène, relativement sobre, est efficace et convaincante. Sans faute du côté des comédiens, avec une pièce qui repose sur le duo Philippe Torreton (Astrov, le médecin, écolo avant l'heure) et Didier Benureau (l'oncle Vania), lequel s'avère touchant en révolté tardif et impuissant. Un changement de registre réussi.

13/03/2009

Watchmen : Anti Super-héros

Sommes nous arrivés à l'ère des blockbusters intelligents ? Jusqu'à présent, les deux mots n'allaient pas tellement ensemble. Un blockbuster, c'était du lourd, de l'évident, du bien épais sans jointures qui vous donne des stars et/ou des effets spéciaux en échange du prix du billet, et tant pis pour la vraisemblance, l'histoire, la psychologie des personnages, la subtilité... Alors je n'ai pas fait grand cas de la sortie du film Watchmen dans un premier temps, et en lisant ce que les critiques en disaient ici et là, cela a aiguisé ma curiosité.

Certes, le film Watchmen adapte une Bande dessinée culte qui posséde un réel contenu narratif, mais il est justement surprenant que celui-ci ait été préservé dans ce film intrigant, dérangeant,... où des des super-héros déprimés et cyniques traversent ce film chaotique pendant 2h30.

C'est un mythe revisité. Les super-héros sont traditionnellement l'incarnation idéalisée du rêve américain. Ils présentent vision positiviste de l'histoire qui glorifie la science et le dépassement individuel dans un monde binaire ou s'affrontent le bien et mal.

Watchmen prend le contrepied de cette approche en présentant des super-héros qui n'en sont pas vraiment (sauf un), la plupart névrosés accomplissant les basses besognes de gouvernements réacs (dans un monde ou Nixxon est réélu pour la cinquième fois après avoir remporté la guerre du vietnam grace à eux). Comme la critique du Monde l'a justement noté : Jamais l'Amérique n'avait montré des superhéros aussi abîmés et cyniques.

Perdus entre leurs obsessions personnelles, leurs idéaux, la distance qu'ils mettent entre eux et le commun des mortels, ils accomplissent des actions contradictoires, se cherchent... Nous avons face à nous des personnages destructurés, et la construction habile du film, entremêlant flash-backs sur les personnages et trame centrale, l'illustre très bien. Il y a aussi une B.O. compilant des chansons sixties qui fonctionne d'autant mieux qu'elle semble décalée.

Bien sur, on en prend plein la vue avec des effets spéciaux qui nous bluffent, mais ils sont bel et bien au service d'une histoire. Le film n'est pas sans faiblesses notamment avec quelques scènes trop appuyées. Paradoxalement, ce sont parfois les scènes de bagarre qui semblent plaquées dans un film qui dispose de bien d'autres atouts, et qui sait maintenir jusqu'à la fin une profonde ambiguité dont on ne peut se départir - tant vis-à-vis des personnages que vis-à-vis de l 'histoire, et ce n'est pas le moindre mérite de ce film que de nous intriguer à ce point.

09/03/2009

T'as voulu voir Gainsbourg, t'as vu Epidemik

1h30 d'attente à l'expo Gainsbourg de la cité de la musique. Trop long... on file à la cité des sciences pour voir l'expo Epidemik.

Deux grandes salles. L'une avec des videos de témoignages sur les grandes épidémies passées, présentées, possibles (tuberculose, grippe espagnole, maladie du sommeil, sida, sras, H5N1,...) et une grande fresque vidéo sur les nouveaux cycles épidémiques, insistant sur le réveil des labos en direction des pays du sud (l'expo est financée par l'institut pasteur et Sanofi).

Assez peu de précisions cartographiques sur l'expansion des épidémies.. ou scientifiques sur les maladies, des gadgets qui ne marchent pas.



Au dessus, une deuxième salle avec un jeu reconstituant l'arrivée du chikungunya à Nice (il y a d'autres scenarios) pas très compréhensible, donc ni instructif ni vraiment ludique.

Au final, c'est vite fait et on en a pas retenu grand chose, si ce n'est un décalage entre la campagne de pub qui a entouré l'expo et un contenu aussi décevant.


06/03/2009

Ghinzu

en attendant le prochain album qui sort le 30 mars...


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