30/01/2009

Les noces rebelles. Golden gloups.

1032474231.jpg Si vous êtes dévoré par l'envie d'aller voir ce film (au choix : parce qu'on retrouve les acteurs de Titanic, parce que Sam Mendes est précédé d'une bonne réputation, parce que les critiques sont dans l'ensemble assez bonnes, parce que Kate Winslet a reçu 2 golden globes...), alors ne lisez pas ce billet.

L'histoire : un couple tourne mal et s'ennuie dans son train-train. Ils veulent partir en France, surtout elle. Il a une promo dans son boulot de merde et donc ils restent et se disputent. Drame. Elle meurt après une tentative d'avortement foirée. Fin.

Ca dure deux heures (c'est long deux heures) et s'il faut dire quelque chose de positif sur le film, on retiendra les acteurs. Il y a aussi une belle lumière et quelques effets chromatiques sympas.

Pour le reste, tout est attendu et appuyé, et finalement rien de tout cela n'est vraiment convaincant.

Le titre français pour commencer (les distributeurs peuvent encore en pondre quelques uns comme celui-là : "Les noces sauvages", " les noces déchirées", "les noces poubelle",...) qui remplace le titre original Revolutionary road qui était un peu plus original et à double tranchant. Mais ce n'est pas très grave.

La musique, en revanche, ca devient grave. Je ne sais pas quel effet ca vous fait d'entendre un pianiste qui a un répertoire de 4 notes. Moi, ça me rend teigneux. Surtout qu'ici les arpèges minimalistes sont sensés nous attirer des larmes. Un peu comme dans les show-télé avec les panneaux qui disent aux gens de rire ou d'applaudir. Ici, on a "tin tin tin tin (piano) : pleurez". Ils ont de la chance car j'ai déjà lancé mes chaussures sur l'ex-président Bush, sans quoi...

Et puisque je parle des choses appuyées dans le film, on va s'y arrêter cinq minutes. Car dans ce film tout est mon-tré, de façon bien lour-de. Ah, on vous le montre l'intérieur rangé des années 50, et même on le remontre, vous avez compris ? C'est la vie ordinaire, la femme au foyer, ... bon, on vous le remontre encore, au cas où vous n'auriez pas vu, avec un plan qui va durer quelques minutes. Vous n'avez pas compris ce que pensent les deux héros, alors on fait intervenir un personnage qui sort d'un asile et qui dit tout haut ce que tout le monde pense, comme ça on a des images appuyées (drame et re-drame) et on a même des dialogues qui viennent nous ex-pli-quer le film.
Et pour ne prendre aucun risque, le film ne sort surtout pas de ses rails. Si bien qu'on peut comprendre au début de chaque scène comment elle va se terminer. Un voisin qui a le béguin, un dancing, une voiture = ils couchent dans la voiture à la fin. bingo !

Kate Winslet a pu ajouter 2 golden globe sur sa cheminée grace au film. Demain les oscars.... Oui, elle joue bien. Mais on est ici dans la dérive qui consiste à faire un film en partant des acteurs pour broder autour. Alors vous avez intérêt à beaucoup aimer les acteurs en question.

29/01/2009

Obama n'est pas noir

408452996.jpg Le phénomène a été commenté à l'infini. Il y a une part de mythe, à moins qu'il ne s'agisse simplement d'espoir. Cet homme incarne une aspiration au changement et une ouverture au monde qu'on pensait disparues dans un pays qu'on imaginait définitivement conservateur et replié sur ses intérêts. Une chose est sure, il y une part d'irrationnel qui est accentuée par le désarroi et l'attente engendrés par la crise globale.

Les premières mesures sont emblématiques et confortent les espoirs, tant mieux. Mais il y a également une grande raison de se réjouir dans le fait qu'Obama soit métisse.

Car Obama n'est pas noir (d'ailleurs qui est vraiment noir ou blanc uniquement), il est métisse. Et c'est encore mieux. Non seulement il est un métisse de peau, de père noir et de mère blanche, mais il est le fruit d'un métissage culturel mixant des origines africaines, une jeunesse en Indonésie et son appartenance à la nation américaine.

Le métissage, le mélange des peuples et des cultures : quel meilleur antidote au sectarisme, à l'intolérance, au communautarisme, au rejet de l'autre, au mépris des différences, à l'orgueil des "imbéciles qui sont heureux d'être né quelque part" comme disait Brassens ;
quelle meilleure réponse à ceux qui brandissent leur identité au bout de leur drapeau, à ceux qui pensent que leur petite communauté doit imposer ses propres règles à la société, à ceux qui veulent enfermer, brider, opposer, dénoncer un ennemi, séparer le bien du mal, et qui pensent détenir la vérité entre eux en se coupant du monde tel qu'il est.
Quelle belle défaite du racisme quand certains voudraient opposer les races entre noirs, jaunes, blancs,... alors qu'il n'y a qu'une infime différence du taux de mélanine dans la peau entre les différentes populations.

Enfin, Obama a été élu parce qu'il était le meilleur candidat. Et non parce qu'il a bénéficié d'une discrimination positive en sa faveur. Il compte d'ailleurs revenir sur l'affirmative action (loi qui a eu son utilité dans une société bloquée où la distinction des couleurs de peau était officielle) pour que ce soient les critères sociaux qui priment dans la discrimination positive plutôt que les critères de couleur de peau.

Quelle belle victoire de l'enrichissement par la différence, le mélange, l'hybridation... Quoi de plus triste et terne qu'une musique qui vieillit parce qu'elle ne va pas à la rencontre des autres genres ? Qu'un cinéma qui s'endort (et nous endort) dans son "exception culturelle française" ?

A bas les quotas, les sociétés figées, les "chacun chez soi", les coutumes archaiques, le droit des ancetres qui n'autorise à parler que quand on a suffisamment d'ancêtres dans le cimetière... et vive le mouvement, la rencontre, le métissage... parce que c'est ça la vie.

26/01/2009

Aperçu d'art totalitaire

1818378382.jpg C'est toujours avec le sentiment de saisir un moment fugitif qu'on visite une expo qui va fermer ses portes. Toutes les oeuvres réunies sous nos yeux vont regagner des caisses le lendemain pour retourner à l'Art institute of Chicago, à L'Armitage, au Philadelphia museum of Art, ou plus près les couloirs de l'expo permanente du centre Pompidou... C'était le cas hier avec "Le futurisme à Paris" à Beaubourg. Dernier jour. Dernière ballade entre des oeuvres usant et abusant des couleurs et des formes pour tenter de déployer sur les toiles le mouvement et la force de la modernité mécanique et de la vie urbaine dont les futuristes sont contemporains au début du siècle.

L'expo insiste sur l'opposition avec le cubisme et finalement le recyclage du futurisme dans le cubisme. C'est un choix. On passe à côté d'autres influences graphiques, mais ce n'est pas le point qui m'a géné. Cette expo est intéressante pour tout ce qu'elle montre, mais elle est par ailleurs derangeante pour tout ce qu'elle ne montre pas.

Le manifeste du futurisme (consultable sur cette page) est exposé en intégralité et par extraits. Mais l'expo ne commente pas l'aspiration totalitaire du futurisme, non seulement au plan artistique mais aussi politique.
On en reste à une présentation très neutre de son influence complexe sur le cubisme avec des généralités comme "Résolument optimiste quant à l'avenir, le Futurisme a inventé un nouveau rapport de l'homme au monde moderne, une foi inconditionnelle dans le futur. En revenant sur l'aventure du Futurisme, le Centre Pompidou répond à son ambition première: révéler comment le regard des créateurs nourrit la pensée, l'action, la perception propres à chaque époque".

Belle langue de bois au regard de la violence assumée du propos des futuristes, telle que "Nous voulons glorifier la guerre - seule hygiène du monde -, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles idées pour lesquelles on meurt et le mépris de la femme". On perçoit la volonté implicite de provoquer pour faire bouger les lignes. Mais la volonté hégémonique et destructrice est clairement assumée. Le manifeste trouve un écho dans les grand totalitarismes du siècle (et la complicité avec le fascisme ne fut pas que dans les mots, voir à ce sujet l'article sur "La tentation totalitaire" dans le magazine Beaux-arts) mais aussi dans la culture productiviste qui a investi le champ de la communication et de la publicité. Relisez le manifeste futuriste en vous demandant s'il pourrait être le credo de TF1 présentant la guerre ou les masses dans les stades entre deux pages de pub, ou de Publicis nous infligeant ses pubs pour bagnoles... ça semble fonctionner, non ?

1967095433.jpgBien sur, je grossis le trait. On peut pas réduire le futurisme et les oeuvres à cette seule dimension. Mais c'est également un regard biaisé et une forme de négation de présenter le futurisme comme une "branche morte" de l'histoire de l'art que le cubisme aurait dépassé et englouti. Les mots on un sens, et la négation de l'humanisme qui coincide avec la futurisme a quelque chose de terrifiant. Comment expliquer que le bellicisme revendiqué - qui est présent dans les oeuvres - soit par exemple mis en sourdine.



Restent les oeuvres présentées, l'exhaltation, de la couleur, de la force et du mouvement. La réunion des principaux futuristes dans les salles centrales était un moment fort de l'expo.


12/01/2009

The Tudors

Les séries historiques sont à la mode. Les Tudors (2 saisons à ce jour) emboitent la pas à la série Rome et bien sur aux films sur Elizabeth I. La vérité historique est (un peu) travestie pour faire ressortir une intrigue dramatique, c'est la loi du genre.



Série intéressante, qui retrace le règne d'Henri VIII, coeur d'artichaut empêtré dans ses histoires matrimoniales, basculant entre fidélité au pape et réforme, entre une alliance avec François Ier ou avec Charles Quint,... C'est parfois un brin anachronique (les coiffures, les attitudes...) et le rythme n'est pas assez soutenu (format de 55 mn un peu étiré), mais la série réjouira les amateurs de trahisons, de décapitations à la hache, de trahisons, de personnes qui trompent énormément, d'intrigues, de trahisons, de décapitations à l'épée et de trahisons... le tout sous un magnifique soleil anglais (tiens, c'est pas normal ça...).

10/01/2009

2008 en 20 disques

Billet hyper-subjectif (oui, encore...) mais on ne devient tolérant envers les goûts des autres que quand on est un peu assuré des siens, non ?
20 cd sur l'année avec beaucoup de sorties attendues, des joies et des déceptions.

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184404243.3.jpgThird (Portishead). Deux albums en 1994 et 1997 qui ont suffit à donner une réputation au groupe, et puis plus rien... il fallait attendre 2008 pour voir arriver cette perle noire, qui ne se laisse pas découvrir facilement. Les choix sont audacieux mais constituent in fine un album sombre et envoutant, fragile et profond, dont on sort pas indemne.





1132410492.jpgSeeing sounds (N*E*R*D). Pharell Williams et ses acolytes sont des inventeurs de sons et de rythmes. C'est la musique hybride la plus aboutie du moment, et leurs multiples participartions aux albums des stars de la pop et du rap n'ont pas émoussé leur créativité. Le jazz s'invite par petites touches sur Seeing sounds, les mélodies et les beats sont toujours aussi entrainants. Un troisième album que je n'arrive pas à user malgré des écoutes en boucle, comme les deux précédents.


Bon, Pharell le millionnaire a juste oublié d'enlever ses bagouzes pour jouer au balayeur au milieu de Wall street en pleine crise... Ah, les clips...


947314436.jpgNigerian wood (Keziah Jones). Le grand retour du Blufunk. Le guitariste agile renoue avec son style si particulier avec un disque de haut niveau, quelques tubes, et un cd bonus avec des titres excellents qu'il serait facheux de manquer (c'est assez rare pour le souligner, bien souvent les cd bonus contiennent des rebuts inécoutables).




171231940.jpgAvatars (Williams Sheller). D'emblée, Sheller ne se prend pas au sérieux sur la pochette. La musique est dans cet ordre d'idée : pop et mélodique. Ca rend cet album simple et d'autant plus sympa à écouter. On retrouve la facture des belles chansons du Nouveau monde et des titres plus pop qu'il l'avaient rendu célèbre auparavant.




1431969376.jpgModern guilt (Beck). Beck est une valeur sure. Il n'a jamais raté un album, même lorsqu'il prend des risques et il en a pris beaucoup. Mais ce n'est pas le cas ici. Un album homogène et efficace mais on est plus dans l'audace expérimentale. La basse en avant. Pas mal.








1307397959.jpgMe and Armini (Emiliana Torrini). Quand on a réussi à faire l'un des albums de pop-folk les plus intimistes et les plus réussis du genre (Fisherman's woman), il faut savoir changer d'orientation pour ne pas souffrir la comparaison. Emiliana Torrini est une fille intelligente (on suppose) et donc elle est revenue à un disque plus simple et pop, et cependant très travaillé.

1459386304.jpgAccelerate (REM). S'il y avait un prix pour les pochettes de disque les plus laides, REM en aurait remporté un paquet. Heureusement leur faute de goût s'arrête là. Même à 3 ils continuent leur chemin sans complexe. C'est du solide. Un album qui doit son nom à un enregistrement rapide et une écoute qui l'est tout autant. D'ailleurs le CD est sorti tellement vite que je ne m'étais pas rendu compte qu'il y avait un nouveau disque de REM en 2008. Bon, trève de plaisanterie, le disque est punchy, et plutôt à ranger dans leurs bonnes productions, et on s'inquiétait au regard de leurs derniers disques. Ils ont gagné à nouveau ma confiance qui s'était sérieusement érodée.

807180357.jpgViva la vida (Coldplay). Je suis passé longtemps à côté de Coldplay car j'y voyais de la soupe sans sel pour midinettes sans goût, mais il faut savoir changer d'avis. Surtout quand le groupe évolue et propose un album assez riche qui - par certains côtés - fait penser au rock progressif des années 70 (les gentils rockeurs à cheveux longs qui jouaient un air de flute entre deux passage de fender 12 cordes). Forcément, dans les années 2000 et tout est violence, dérision et business, être gentil n'est plus vraiment à l'ordre du jour... si bien que Coldplay passe finalement pour un groupe original ! En plus ils défendent le commerce équitable... on est loin de l'esprit rock'n'roll de Keith Richards, mais il ne suffit pas de se moquer, il faut écouter certains de leurs titres - comme le très réussi "Yes" - pour goûter l'évolution de ce groupe.

1681983038.jpgVantage point (DeUs). Les quadras Belges de DeUs sont encore bien inspirés.









1217764667.jpgSeventh tree (Goldfrapp). Peut-être un cran en dessous des premiers albums... mais la brume magique de Goldfrapp fonctionne encore.

1671217054.jpgIt's time for love revolution (Lenny Kravitz). Les albums de Lenny Kravitz se suivent et se ressemblent. C'est bien, oui... mais on a le sentiment qu'on a déjà entendu tout ça. Alors ça devient une musique de fond.

751466846.jpgOracular spectacular (MGMT). Pop sucrée et rythmée qu'on écoute facilement, d'autant plus qu'on l'entend partout. Et on se surprend à trouver ça agréable. Et on réécoute encore comme si on était rendus addicts à leur leitmotiv electro d'orgue bontempi.

839417797.jpgL'homme du monde (Arthur H). Autant il faut voir Arthur H en concert où il est formidable, autant ses disques sont parfois ennuyeux et lourds. Quelques titres très sympas échappent à l'ensemble (L'abondance, Adieu goodbye...) qui donne un sentiment d'étirement un brin nombriliste.


1649364736.jpgBattlefield (Ez3kiel). Un groupe electro-pop-rock avec de beaux reflets oppressants. Pas mal pour des français :-) Et voilà un faux clip un peu plus ancien qui va vous donner le moral pour deux semaines...




1082850101.jpg2116842261.jpg1676309308.jpg











Skeletal Lamping (Of Montreal), The Age Of The Understatement (The Last Shadow Puppets), Next year in Zion (Herman Dune). Il parait que ce sont des révélations de l'année... j'ai écouté et je n'ai pas eu de révélation. Questions de goûts et couleurs





1223518175.jpgMusic Hole (Camille). Est-ce la déception ? J'ai envie d'être aussi méchant avec cet album que j'avais été enchanté par les précédents. Nombriliste, ennuyeux, pfff... un vrai calvaire.


1619261295.jpg Anywhere I lay my head (Scarlett Johansson). Scarlett Johansson est une actrice.

1644785427.jpgLast night (Moby). Non seulement Moby ne se renouvelle pas, mais il devient chiant et mièvre. Si on vous a offert ce disque ou si par malheur vous l'avez acheté, récupérez le boitier plastique pour remplacer celui d'un cd intéressant, et jetez la pochette et le morceau de plastique rond avec un trou au milieu.




Si je devais dire quelque chose de gentil sur ces trois derniers albums, je les comparerai aux derniers titres de Benabar pour montrer qu'ils ne sont pas ce qu'il y a de pire, ce qui correspond à peu près au pitoyable et démagogique "effet papillon" qui bat un certain nombre de records officiels de platitude sans talent.



08/01/2009

Pourquoi la jeunesse se révolte ? dans Libé

Le journal Libération a publié mon texte "pourquoi la jeunesse se révolte ?" dans les pages Rebonds ce mercredi 7 janvier. La tribune a été mise en ligne sur le site du journal. Les réactions sont les bienvenues.

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Pourquoi la jeunesse se révolte ?

En promettant de reporter la réforme et de reprendre la discussion, le ministre répond au symptôme des manifestations sans bien voir où il a pu blesser une génération qui se sent attaquée et menacée.

Si la jeunesse est dans la rue et si elle réagit si vivement ces deux dernières semaines, ce n’est pas tant à cause du contenu de la réforme que de la charge symbolique qu’elle représente.

C’est une évidence de le rappeler, les perspectives d’avenir dans une société en crise apparaissent précaires, et même risquées. Face à cela, le lycée apparaît pour tous les jeunes qui le fréquentent comme un lieu qui est globalement protégé, qui les respecte, en permettant notamment à ceux qui le souhaitent de découvrir des connaissances et des technologies variées.

C’est un espace de liberté pour les belles années de l’adolescence, et la nostalgie qui nourrit le succès des sites internet d’anciens ami-e-s des lycées prouve que cette vision n’est pas nouvelle, mais elle se renforce aujourd’hui par contraste avec l’âpreté du monde qui l’entoure.

Enfin, le baccalauréat est un diplôme – avec valeur de symbole et de rituel – qui apparaît comme accessible, même s’il est dorénavant entendu comme un passeport vers des études supérieures.

En avançant une réforme partielle, où le calendrier et la communication semblaient primer sur les orientations et les explications, le ministre a - qu’il le veuille ou non – provoqué un sentiment d’agression. Il se fonde sur une inquiétude et un ressentiment qui ne tiennent pas tant au contenu de la réforme qu’au contexte dans lequel elle s’inscrit. Les suppressions de postes dans l’éducation nationale, le report de l’âge de la retraite, le travail du dimanche - par exemple- sont venus constituer un bruit de fond renforçant le sentiment de menace. C’est dans ce contexte que la réforme est venue percuter de plein fouet l’attachement à l’espace privilégié que constitue le lycée pour les jeunes de ce pays.

Cela veut-il dire que la réforme était complètement mauvaise ? Non, car elle reprenait des pistes intéressantes et anciennes, comme les modules. Mal amenée ? Oui, car elle avançait sur des objectifs généraux sans expliquer les conséquences concrètes dans les lycées, malgré le fait que certains syndicats aient joué le jeu de la négociation jusqu’au bout. Cela veut-il dire qu’il est impossible de réformer l’éducation nationale dans ce pays ? Il faut espérer que non.

Car derrière les atouts indéniables de la forme actuelle du lycée, il existe une sélection sévère dont les options sont hélas souvent les instruments subtils, et dont pâtissent beaucoup les élèves issus de milieux sociaux fragiles.

Ajoutons à cela qu’aux marches du lycée se développent à grande vitesse des entreprises privées de soutien scolaire qui fleurissent sur le manque de souplesse du système éducatif actuel.

Enfin, l’orientation des élèves est un échec national qui aboutit à mettre beaucoup de nos jeunes dans des situations d’échec dans les études secondaire ou supérieures.

Une réforme est donc nécessaire, mais elle ne pourra se faire sans qu’il existe un climat de confiance qui, à l’évidence, a été sapé par le contexte politique général et les mesures actuelles du gouvernement, soucieux d’enchainer les mesures à marche forcée. Le flou et la précipitation de la réforme annoncée sont venus l’amplifier.

L’inquiétude actuelle de la jeunesse sur son avenir est légitime. Il n’est guère surprenant qu’elle se montre méfiante et rebelle quand il s’agit de toucher au lycée, seul lieu protégé avant le grand saut dans l’incertitude. Toute réforme future doit aussi prendre en compte cette dimension sans mépris.

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