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30/10/2008

Les Sopranos : meilleure série tv ?

Encore une série américaine qui pourrait postuler au titre de la meilleure série télé. Là où les séries européennes endorment le spectateur plus rapidement qu'un temesta, les producteurs de télé US ont réussi à créer un nouveau genre, et ils y ont mis les moyens. Acteurs excellents, scénarios travaillés, image de qualité cinéma,... Depuis Twin peaks, les séries "haut de gamme" se succèdent les unes aux autres : Six Feet Under, Rome, Band of Brothers,... Les Sopranos arrivent à se faire une place dans la thématique du polar mafieux avec un développement du récit et des personnages digne des meilleurs films du genre, et un malin plaisir à distiller des détails et de l'humour à la façon de Quentin Tarantino, comme lorsque Paulie explique pourquoi il utilise des velcro plutôt que des lacets, ou quand Christopher se perd dans ses commentaires cinématographiques.

-->Paulie va s'expliquer avec ceux qui ont entrepris de faire des travaux sur son territoire sans son autorisation. Ils l'envoient ballader alors il change d'arguments.


Beaucoup de critiques ont encensé la série (voir par exemple cette page de libé) malgré le fait que tous les principaux personnages soient vils, lâches, avides, racistes... et souvent gros et laids. Ou peut-être est-ce cette insouciance qui a fait le succès de la série. Ici, pas de beaux gosses bodybuildés et très futés en guise de héros. Les personnages sont plutôt guidés par leurs multiples bassesses. Ne cherchez pas un personnage sympathique, même le personnage principal Tony Soprano, gros ours avec une voix de canard ridicule (en V.O., en Français ce n'est pas restitué), peut être tour à tour hypocrite, malin, impulsif, abattu... et passer du père de famille en peignoir et chaussons devant son frigo à la brute épaisse qui cogne ses sous-fiffres dans un club de strip-tease. De même, tous les personnages secondaires (des dizaines) sont complexes et hauts en couleurs.

--> Silvio perd au poker. Un type vient balayer les morceaux de fromage sous la table, mais ce n'est pas vraiment le moment.


Au final, 6 saisons et 86 épisodes de 55mn sans perte de souffle. Les Sopranos ne palissent pas à être comparés aux Affranchis de Scorsese ou à la trilogie du Parrain. Bien sur, les trames croisées sur le crime organisé et la famille constituent l'essentiel, mais les angoisses sur la vieillesse et la mort sont récurrentes, et on y trouve aussi des épisodes audacieux, comme celui où tous les personnages s'ennuient dans la 6eme saison. On rit aussi, et même du pire.

28/10/2008

Le roi des mouches

1769953308.gif Trois ans entre le volume 1 et le volume 2 du Roi des mouches de Mezzo et Pirus, auteurs exigeants et méticuleux qui nous livrent donc un second volume à la hauteur du premier. Chronique pleine de torpeur où les personnages trainent alternativement leurs angoisses et leurs obsessions. C'est l'appel du vide, chez les vivants et maintenant aussi chez les morts puisque le spectre de Damien - buté par une voiture en s'échappant d'une rave dans le premier volume - revient errer parmi les personnages dans son costume de squelette luminescent.

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Toutes les histoires pourraient être tragiques si elles n'étaient pas absurdes pour les personnages eux-mêmes, à commencer par Eric, personnage central dont on n'ose dire qu'il est un héros ou un anti-héros. Les personnages se regardent dériver, et nous les regardons s'abîmer.

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Le roi des mouches ne débrouissaille pas. Il emprunte les voies de Charles Burns ou de David Lynch, avec le même soin apporté aux images dérangeantes et la même inscription dans la culture musicale des années 70.



Le graphisme et le récit s'imbriquent parfaitement, avec des couleurs sombres en appui, pour délivrer une ambiance dérangeante qui nous enveloppe comme une glue, celle où périssent les mouches précisément.

22/10/2008

Crise de croissance

L'accélération de la crise financière mondiale peut-être datée du lundi 15 septembre avec le dépôt de bilan de la banque Lehman brothers, suivie le lendemain par la nationalisation de l'assureur AIG. Le fameux plan "Paulson" est annoncé le 19 et le 21 les banques Goldman Sachs et Morgan Stanley modifient leurs statuts pour être en mesure de recevoir les aides financières publiques. Washington Mutual fait faillite le 25. La vague de la crise touche l'Europe de plein fouet à partir du 28...

410469675.gifEt le 23 ? Par un hasard du calendrier, c'est précisément au milieu des événements de la crise financière que se situe la date du « Global Overshoot Day » - le "jour du dépassement global" - soit en clair le jour où l'humanité a consommé tout ce qu'il est possible de produire sur Terre en une année sans pénaliser les générations qui suivent. C'est une ONG canadienne calculant l'empreinte écologique de l'humanité qui a propose cette simulation, estimant que ce jour se situait à la fin du mois de décembre en 1987, mi novembre en 1995 et début octobre en 2005. Le calendrier s'accélère.



Pour le dire autrement, l'humanité consomme 140% de ses ressources possibles par an. Et encore ce chiffre ne dit pas que certaines ressources sont renouvelables (le bois, l'alimentation,...) et que d'autres sont limitées et donc épuisables (le pétrole, les métaux...).

S'agit-il seulement d'une coïncidence de date, où la crise financière est-elle le symptôme d'une société qui vit au dessus de ses moyens ? Surendettement des ménages pour financer leur logement et les biens de consommation, engagement aveugle des banques qui ont favorisé des crédits qu'elles ne pouvaient pas recouvrer, jeux financiers sur les emprunts qui ont fait monter les enchères... Crise financière, certes. Mais aussi crise d'une société qui distribue très inégalitairement les revenus et qui pompe sans retenue dans les réserves naturelles pour continuer à alimenter la machine.

Bien sur, c'est un raccourci. Mais on a créé du crédit bancaire sur la base de fonds qui n'existaient pas en espérant un effet levier qui s'est avéré être un retour de manivelle en pleine poire. Depuis du 24 septembre, nous consommons l'eau, les métaux ou l'énergie que nous ne devrions plus avoir, en piochant de le capital qui revient au générations qui viendront après nous. La crise financière comme crise de la surconsommation, voilà un aspect bien peu abordé à ce jour dans la présentation médiatique des événements.

20/10/2008

Et vous, voteriez-vous McCain ?

501364029.jpg Entre 76 et 93 % des Français sondés indiquent qu'ils voteraient pour Barack Obama à la présidentielle américaine. C'était un peu la même chose lors de la dernière présidentielle où les soutiens de G.W. Bush étaient peu nombreux.





1592819936.jpg Que faut-il en déduire ? Les Démocrates sont plus fréquentables que les républicains pour les Français, voire pour les européens, qui pourtant élisent scrutin après scrutin des gouvernements de plus en plus conservateurs. Berlusconi ou Sarkozy, pour être au diapason de leurs opinions publiques nationales, se montrent plus favorable à Obama... on se pince.



487214432.jpg Le parti démocrate américain n'est pas comparable aux gauches européennes. B.O. axe une bonne partie de sa campagne sur les réductions d'impôts pour les classes moyennes, il se déclare favorable à la peine de mort...




892893732.jpg Mais malgré tout il se montre plus ouvert sur les questions internationales, sur le dossier énergétique (même s'il a annoncé son intention de relancer le nucléaire...), sur les questions économiques et sociales (même s'il n'a pas tellement l'intention de s'attaquer à leur système de santé inégalitaire).





1747651789.jpg Il est tout de même étonnant de constater que les Etats Unis parviennent à présenter à la présidence la candidature d'un noir. Malgré la culture communautariste qui y règne, les préjugés seraient-ils moins puissants là-bas ?




1158552735.jpgLa France bardée de certitudes qui se pose volontiers en modèle du monde serait-elle capable de présenter devant les électeurs un candidat issu du métissage ? On admire la percée de la candidature black d'Obama parce qu'elle est de l'autre côté de l'atlantique. Et pendant ce temps la France envoie combien d'enfants du métissage républicain à l'Assemblée nationale ou au Sénat ?


1057824432.jpg Parce que nous ne sommes pas américains, les intentions de vote françaises en disent plus long sur les contradictions et les complexes culturels ici que sur les vertus du candidat américain.







789713515.jpg Ah oui, je la ramène, mais moi aussi je voterai Obama si on me demandais mon avis.





1138393111.jpg Et si vous voulez voir d'autres détournements de la photo débile de McCain, rendez-vous sur ce blog US.







18/10/2008

Vicky Cristina Barcelona, film indigent

1384848685.jpgLe film débute avec cette voix off qui ne va pas nous quitter de tout le film pour essayer de nous expliquer ce qui se passe sous nos yeux. D’emblée, c’est l’échec de l’image. Le film ne se suffit pas. D’ailleurs ce film n’a pas grand chose à dire et W.A. est obligé d’avoir recours à ce commentaire permanent pour nous faire croire qu'il a un propos, mais sans succès. Au lieu d’assumer une forme de légéreté insouciante, le film prétend transmettre un message. A trop prétendre, il est juste prétentieux et lourd. Le scénario pourrait être celui d’un film x ou d’une série à l’eau de rose : quelques personnages caricaturaux se voient dans des décors ensoleillés, couchent ensemble et basta.

Est-ce Woody Allen qui a réalisé ce film ? ou est-ce l’office du tourisme espagnol ? On sort en ayant le sentiment d'avoir payé une place de ciné pour voir un dépliant publicitaire. Une prise de vue plate et sans idée nous ballade sur les incontournables touristiques de l’Espagne du sud, avec les airs de guitare espagnole comme poncif musical en fond sonore insupportable. Au secours les clichés ! L’Espagne mérite mieux que ce défilé de voitures neuves et de taxis fraichement lavés avec la marque bien apparente pour nous emmener d’une demeure de luxe à un paradore ou un couloir d’aéroport fraichement lustré. Tout sonne faux, à commencer par les artistes forcément torturés et des gens qui découvrent qu’ils pensaient aimer, mais non en fait… Et non, ce n'est pas profond, c’est juste creux.

Et pourtant, j’étais a priori favorable à l’idée de voir un nouveau film de woody allen (cinéaste dont j'aime les films plus anciens mais aussi les récents et légers Match point ou Scoop). J’étais aussi séduit d'avance par l’affiche de comédiennes, et c’est au final le seul intérêt du film. Voir les belles Penelope Cruz, Scarlett Johansson ou Rebecca Hall (je sens que je vais avoir des ennuis avec B.) et l’excellent et charismatique Javier Bardem (pour faire bonne mesure), mais ils ne sauvent pas le film du naufrage dans les procédés faciles et les clichés.





16/10/2008

Us and Emiliana

Emiliana Torrini n'est pas (encore) très célèbre. Elle aurait pu le devenir après un premier album pop electro, des compositions pour Kylie Minogue, ou encore la chanson sur la B.O. du Seigneur des anneaux.

Au contraire de ce chemin tout tracé, elle a fait le choix de privilégier ses choix artistiques à une carrière commerciale formatée par les majors de la musique. Son deuxième album "Fisherman's woman" permettait au beau timbre de sa voix de donner toute sa dimension, authentique et pure, sur des mélodies acoustiques travaillées.

Le nouvel album "Me and Armini" vient de sortir. Le son est plus rythmé. On retrouve un peu l'influence de groupes anglais comme les Smiths (Heard It All Before) voire Pink Floyd (Birds), et même un titre reggae (Me and Armini).

Son concert au Trabendo, mardi 14 octobre, était très réussi. Exigeante sur sa musique, nature dans sa relation au public : 10/10. On en redemande.

13/10/2008

Entre les murs

Ce film a été précédé par sa réputation. Palme d’or unanime encouragée par le président du jury Sean Penn, il a été dit un peu partout qu’il s’agissait d’une peinture « réaliste » de l’école à la manière d’un documentaire où chacun – à commencer par les élèves – joue un rôle assez proche du sien.


Cette ambiguité pourrait fausser notre point de vue, or il faut d’abord voir « Entre les murs » comme une œuvre de cinéma. En cela, elle n’est pas réaliste dans le détail de ce qu’elle présente. Ceux qui travaillent dans l’éducation nationale pourraient se faire un malin plaisir de disséquer les invraisemblances et toutes les lacunes que comporte le récit (oui, un prof ne laisse pas sa classe livrée à elle-même pour emmener un élève chez le principal ; contrairement à la scène du film le jour de la rentrée est généralement bien plus calme que les autres car tout le monde s’observe, etc. ). Mais justement c’est une fiction et pas un documentaire. Il serait tout aussi étonnant de s’insurger qu’un film policier – même excellent et avec un point de vue réaliste - ne décrive pas la réalité d’un commissariat en restituant toutes les scènes où les policiers remplissent des papiers administratifs qui n’apparaissent jamais à l’écran. On passera donc sur les raccourcis ou facilités sur lesquelles certains ont pu s’arrêter.

S’il faut le dire en préambule, c’est parce que Laurent Cantet a très bien réussi à créer l’illusion et que c’est l’une des forces du film. Celle d’une immersion dans le monde de ce collège où nous avons le sentiment de partager très directement le vécu des uns et des autres. La mise en scène, avec des moments volés sur les gestes des uns et des autres qui s’incrustent au détour du récit, l’absence de musique, la prise de vue qui semble effectuée à l’insu des protagonistes comme dans la scène de la cafétaria, où lorsque Souleymane est exclu du cours,… c’est une reconstruction très réussie du réel d’un point de vue technique et cinématographique. La prestation de tous les comédiens y est pour beaucoup (les élèves sont formidables). Tant et si bien que des spectateurs – et parfois des enseignants – ont mal réagi en sortant du film parce qu’ils avaient le sentiment confus d’avoir affaire à une sorte de documentaire qui tenait davantage d’ « Envoyé spécial » que du film de cinéma, s’estimant en quelque sorte trahis par la réduction qu’il apporte de l’école.

Il serait trop réducteur de voir le film comme un simple témoignage sur la réalité de l’école.
Mais en tant que tel, il a déjà plusieurs mérites :
- Il évoque le fossé qui existe entre les normes culturelles de l’école, ses exigences classiques… et celles d’une partie des élèves qui n’ont pas accès à ces références et n’en perçoivent pas l’utilité (cf. la scène sur l’imparfait du subjonctif, mais le thème est récurent)
- Il évoque la difficulté pour les jeunes de se trouver une place, en étant toujours dans une dualité rejet/recherche de l’autre ; mais aussi la difficulté pour les adultes de se placer pour trouver le bon terrain de dialogue avec eux, entre ceux qui s’adaptent aux élèves et ceux qui estiment que c’est aux élèves de s’adapter à l’école. Tout ceci est plutôt bien restitué dans l’attitude très affective des élèves, où dans les divergences de point de vue entre les éducateurs.
- Il montre des jeunes qui réussissent ou échouent, et pas seulement à l’intérieur de l’école : celui qui prétend savoir et qui ne sait rien, celle qui a lu un livre de Platon de son propre chef, ceux qui maîtrisent les technologies multimédias mais qui ne connaissent pas les pays européens ou les auteurs, celle qu’on a jamais entendu et qui vient dire en détresse à la fin qu’elle ne comprend rien mais qu’elle ne veut pas aller en LP.. Il montre un enseignant qui réussit et qui échoue. Il valorise les élèves mais il commet également des erreurs, se montre de mauvaise foi quand il s’agit de les assumer.

Pour arriver à faire passer ces messages, le film utilise des moyens qui peuvent faire tomber les bras des professionnels qui connaissent bien les situations proches de celles du film : les cours de français devient une sorte de « leçon de vie » où le prof s’adapte continuellement à ce que disent les élèves, l’équipe pédagogique reste très homogène et très responsable (même génération, même préoccupation professionnelle au travers de discours contradictoires mais toujours très posés…).

Bien sur on peut avoir un point de vue réac et suffisant comme Zemmour. Se contenter de dire "c'est une honte ! Mais qui sont ces gens ? Qu'on nous débarrasse de toute cette racaille qu'il est impossible d'instruire comme les bons élèves triés sur le volet des années 50"... Ou comment faire du populisme bas de gamme à peu de frais. Zemmour démontre qu'il ne suffit pas d'être allé à l'école pour savoir réfléchir.

Au contraire, le film est à recommander pour tous ceux qui ont été à l’école il y a quelques années, ou qui y ont fait un parcours rapide et tranquille. Ils auront une certaine illustration de l’enseignement avec des publics difficiles qui contrastera peut-être avec l’image qu’ils avaient peut-être du cours bien tranquille pour bons élève. La société a changé et l’école publique recrute plus largement qu’auparavant, avec toutes les difficultés qui vont avec. Le film pointe au passage les difficultés d’accès à la « culture normale », l’emprise des marques et de la société du spectacle, les relations entre filles et garçons, la mixité sociale, le métissage… Au travers des liaisons sociales qu’il met ainsi en relief, c’est la société qui se trouve au dehors des murs qui est en écho, avec les êtres humains qui se débattent pour y exister malgré les pesanteurs. On est tout près du cinéma de Ken Loach. Le film n’est pas une thèse sur l’éducation, c’est une tranche de vie contemporaine, un éclat de société qui surgit et il amènera fatalement le spectateur à réfléchir et à se positionner. Rien que pour cela, le film vaut la peine d’être vu.

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